Longtemps, l’opinion publique a perçu l’évasion des capitaux et le détournement des deniers publics vers l’étranger comme une blessure béante, une fatalité irrémédiable. Pourtant, les nouvelles de ces derniers mois, confirmées lors de la récente journée d’étude à la Cour d’Alger, dessinent une réalité tout autre. L’Algérie n’est plus dans l’attente passive ; elle est à l’offensive. Le recouvrement des fonds détournés par les anciens oligarques n’est plus un slogan, c’est une machine judiciaire et diplomatique lancée à pleine vitesse. Le constat dressé par le ministre de la Justice, Lotfi Boudjemaa, est sans équivoque : la traque des « avoirs criminels » est devenue une priorité nationale. Avec 335 commissions rogatoires internationales envoyées à 32 pays et plus de 50 demandes de restitution formelles, l’Algérie déploie une énergie colossale pour briser l’opacité financière internationale.
Cette mission, complexe par nature, ne se limite plus aux seuls prétoires. Elle s’appuie désormais sur une Commission nationale d’experts qui parcourt le monde pour sensibiliser les chancelleries et les autorités judiciaires étrangères. Si les résultats sont jugés « encourageants » avec le recouvrement de biens immobiliers et mobiliers de prestige, ils témoignent surtout d’une crédibilité retrouvée de la justice algérienne sur la scène internationale. Mais la volonté politique, pour être efficace, s’arme de textes juridiques à la hauteur des enjeux contemporains. C’est ici que réside la force de la nouvelle loi n°25-10 du 24 juillet 2025. En modifiant le cadre législatif relatif à la prévention du blanchiment d’argent et du financement du terrorisme, l’État algérien opère une mise à jour cruciale. Comme l’a souligné le procureur général près la Cour d’Alger, Mohamed El Kamel Ben Boudiaf, nous ne faisons plus face à des délits isolés, mais à une « criminalité organisée transnationale » utilisant des méthodes hautement sophistiquées. En harmonisant sa législation avec les standards du Groupe d’action financière (GAFI), l’Algérie enlève tout argument aux pays récalcitrants qui invoquaient, par le passé, la spécificité de leurs systèmes judiciaires pour freiner la coopération.
Certes, le chemin reste semé d’embûches. La multiplicité des intervenants étrangers et la complexité des procédures internationales constituent encore des freins. Mais le message envoyé par les autorités judiciaires algériennes, de Lotfi Boudjemaa à Mohamed Bouderbala, est limpide : le temps de l’impunité est révolu. Chaque demande de recouvrement, chaque dossier de restitution est une brique supplémentaire dans la reconstruction de la sécurité économique du pays. En traçant le parcours des fonds suspects et en identifiant les bénéficiaires effectifs, la justice ne fait pas que récupérer de l’argent ; elle restaure la dignité nationale et protège l’ordre public économique.
L’Algérie prouve aujourd’hui que, face à la pieuvre de la corruption, la persévérance finit toujours par payer. La récupération de ces dizaines de milliards de dollars est une bataille de longue haleine, mais elle est en passe d’être gagnée sur le terrain du droit et de la souveraineté.








