La chronique de Ouassim Mehadi
C’est une annonce qui fera date dans l’histoire de la coopération interafricaine. À l’issue d’un entretien décisif entre le Président Abdelmadjid Tebboune et le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, en visite officielle à Alger, le verdict est tombé : les travaux du tronçon nigérien du Gazoduc Transsaharien (TSGP) seront lancés dès le mois prochain, juste après le Ramadhan. Mais au-delà de l’aspect technique, cette décision porte une charge géopolitique majeure. En confiant à Sonatrach la réalisation de cette infrastructure sur le sol nigérien, Alger et Niamey ne posent pas seulement des tuyaux ; ils redessinent la carte énergétique et sécuritaire de la région.
Pendant des décennies, la réponse aux crises sahéliennes a été exclusivement militaire. Aujourd’hui, l’Algérie et le Niger renversent ce paradigme. Le lancement imminent des travaux matérialise une doctrine chère à Alger: la sécurité est indissociable du développement. En projetant Sonatrach, son bras armé économique, sur le terrain nigérien, l’Algérie offre une réponse concrète à l’instabilité. Une zone traversée par une infrastructure vitale devient, de facto, une zone ultra-sécurisée. Le chantier, puis l’exploitation, apporteront de l’activité économique, des emplois locaux et des revenus fiscaux au Niger, asséchant ainsi le terreau de la misère sur lequel prospère le recrutement terroriste. C’est la preuve par l’acte que l’investissement durable est le meilleur rempart contre l’insécurité.
L’Algérie confirme ainsi sa position de hub énergétique incontournable de l’Europe. Avec cet accord, l’Algérie change de dimension. Elle ne se contente plus d’être un producteur majeur ; elle s’affirme comme un transitaire stratégique mondial. Avec des tronçons déjà réalisés à plus de 70% tant au Nigeria qu’en Algérie, le lancement de la partie nigérienne rend l’horizon 2027 crédible pour l’achèvement de ce projet titanesque. Pour l’Europe, en quête perpétuelle de diversification énergétique post-crise russe, le TSGP devient l’option la plus fiable. L’Algérie se positionne ainsi comme le garant de la sécurité énergétique du Vieux Continent, renforçant son poids diplomatique face à Bruxelles. C’est la définition même du partenariat « gagnant-gagnant » : l’Europe sécurise son approvisionnement, le Nigeria accède au marché solvable européen, le Niger s’intègre aux flux mondiaux, et l’Algérie monétise sa position géographique centrale.
Enfin, ce projet est le symbole éclatant d’une coopération Sud-Sud décomplexée. Comme l’a justement souligné la presse nigérienne, nous passons « d’une coopération de principe à une coopération de projets ». La signature des accords du 11 février 2025 a marqué la fin des hésitations, et la rencontre Tebboune-Tiani a scellé l’action. Le fait que Sonatrach prenne les choses en main est un signal politique fort. L’Afrique ne demande plus l’aumône et n’attend plus que les majors occidentales viennent construire son avenir. L’expertise est africaine, la volonté est régionale. En jouant le rôle de locomotive technologique, l’Algérie entraîne dans son sillage ses voisins et consolide un axe vertical Alger-Niamey-Abuja qui traverse le continent. Le Gazoduc Transsaharien est bien plus qu’une artère énergétique ; c’est la colonne vertébrale d’une Afrique souveraine qui se construit par elle-même, pour elle-même.







