Lors de l’entrevue périodique avec la presse nationale, diffusée samedi soir, où les questions ont porté sans détour sur les dossiers sensibles, le président Tebboune, a offert bien plus qu’un tour d’horizon géopolitique: une grille de lecture de la diplomatie algérienne, fondée sur le respect de la souveraineté des États, la non-ingérence, la légalité internationale et la primauté du dialogue.
Le premier enseignement tient en une phrase : « Nous ne renonçons ni à la Russie, ni à la Chine, ni aux États-Unis. » À l’heure où les blocs se durcissent et où nombre de capitales sont sommées de choisir leur camp, Alger revendique le droit de ne pas choisir. Le président Tebboune décrit avec Moscou une amitié « bénéfique aux deux pays », dont il se félicite de l’essor économique, tout en évoquant des échanges avec « ses amis américains » sur le Sahara occidental.
Cette posture, héritière du non-alignement, n’a rien de passif. Elle se vérifie dans les gestes. Interrogé sur la demande du président iranien d’une escale technique à Alger, M. Tebboune a répondu qu’un président qui demande à se poser sur un aéroport algérien « est le bienvenu ». Pas de calcul d’axe, mais une règle d’hospitalité appliquée à tous.
La dimension énergétique complète le tableau. La circulation des navires algériens dans le détroit d’Ormuz étant normale, le président y voit le signe que l’Algérie partage « la vision des grandes puissances en matière de stabilité du marché pétrolier ». Pour un pays exportateur d’hydrocarbures, l’argument a du poids : Alger se positionne en partenaire prévisible dans un contexte de fortes tensions.
Le deuxième axe concerne la rupture avec les Émirats arabes unis. « Quand nous prenons une décision, il n’y a pas de retour en arrière », a tranché le président, parlant d’un « point de non-retour ». Selon lui, Abou Dabi « tente d’exercer son despotisme » pour dominer l’Algérie, et il reproche aux Émirats un manque de reconnaissance, rappelant que leur compagnie pétrolière aurait été créée avec le concours de l’Algérie. Sa formule résume la logique : « C’est de l’Algérie qu’il s’agit ! Je n’ai le droit de la brader ni à vous, ni à personne d’autre ! »
Cette fermeté doit se lire à sa juste échelle. Le chef de l’État a pris soin de souligner que l’Algérie n’a de problème avec aucun autre peuple. La rupture est présentée comme une exception motivée, non comme une posture : lorsqu’un partenaire, fût-il fortuné, est perçu comme cherchant la tutelle, la souveraineté prime sur l’intérêt commercial. Le message s’adresse autant à l’extérieur qu’à l’opinion nationale.
Un voisinage fraternel au Sahel
Troisième axe, le voisinage. Pour le président, la stabilité du Sahel passe par le développement, car « le chaos et le terrorisme se nourrissent de la pauvreté et de l’absence d’institutions étatiques ». La doctrine privilégie la prévention plutôt que la seule réponse sécuritaire. Cela n’exclut pas la fermeté. Évoquant l’envoi d’avions militaires au Niger, M. Tebboune rappelle que le Premier ministre nigérien se trouvait en visite à Alger lorsqu’une tentative de coup d’État est survenue, et y voit « une provocation à notre égard ». Avec le Mali, le ton est celui de la proximité : « nous sommes beaucoup plus proches l’un de l’autre qu’on ne le pense », et l’Algérie ne s’immiscera pas dans les affaires intérieures de ce pays frère. Sur le Soudan, il appelle à mettre fin aux divisions et à cesser d’alimenter la guerre.
Sur le Sahara occidental, enfin, la position se veut de principe et équitable : une solution acceptable par les deux parties, conforme aux résolutions onusiennes, et l’acceptation de ce que choisiront les Sahraouis. « Nous ne sommes pas plus Sahraouis que les Sahraouis », a-t-il dit, réaffirmant le soutien d’Alger sans prétendre décider à leur place.
De Moscou à Washington, d’Abou Dabi à Niamey, le fil est le même : l’Algérie entend décider seule de ses amitiés comme de ses ruptures. On pourra discuter de tel ou tel choix, mais la lisibilité de cette ligne constitue en soi un atout diplomatique, rare à l’heure des recompositions régionales.










