« Tassnagurt », en langue française « L’Astronomie », à ne pas confondre avec astrologie, est un ouvrage de 167 pages publié chez Baghdadi Editions. L’auteur est Bélaid Zeggane, un ingénieur natif du village d’Attatba (wilaya de Tipaza), ayant suivi des études supérieures à l’Université Saad Dahleb de Blida.
Actuellement, faute de mieux, et après avoir tenté de vivre en Libye et aussi en Tunisie, Bélaid Zeggane officie en tant que laborantin dans un lycée de la région, à Sidi Rached.
En parallèle, il fait usage de ses compétences afin d’initier le profane aux merveilles de l’astronomie. C’est ainsi qu’il participe régulièrement aux activités du club astronomique du Centre culturel de Bouismaïl. De temps en temps, lorsque c’est possible, il dirige les enfants pour des découvertes. Nous avons été invités une fois, une seule rare fois, à une séance d’initiation au niveau de ce centre culturel où des enfants ont redoublé d’ingéniosité. Ces enfants sont par la suite partis en délégation pour une sortie nocturne afin de contempler le ciel…
La publication est ésotérique pour celui qui ne maitrise pas la langue amazighe, écrite ou parlée. Dix chapitres composent « Tassnagurt ». Ce n’est pas monsieur le monde qui possède des rudiments sur l’astronomie, et ce n’est pas monsieur tout le monde qui écrit sur ce sujet mais tout le monde s’y intéresse.
L’Espoir Libéré: Vous avez publié deux versions sur l’astronomie jusqu’à présent. La première en tamazight et la seconde en langue arabe. Combien de temps avez-vous consacré dans la recherche ?
Bélaid Zeggane : « Tout d’abord je vous remercie pour cette invitation pour parler un petit peu de mon livre et entamer une discussion sur cette science la plus ancienne, la plus importante, la plus vaste nommée astronomie.
Effectivement, comme vous l’avez mentionné, ce n’est pas monsieur tout le monde qui écrit sur ce sujet, mais tout le monde s’y intéresse. C’est pour cela que j’ai donné le titre (علم الفلك للجميع) à mon deuxième livre édité en langue arabe, la traduction du premier livre édité en langue amazigh.
A vrai dire, j’ai commencé l’ouvrage en tamazight dès 1990. Tout d’abord j’avais dû collecter les termes scientifiques en tamazight ayant le lien avec l’astronomie. Sincèrement, une démarche pénible mais indispensable. Le livre en tant que brouillon n’avait été achevé qu’après 3 ans. En 1995, j’avais cherché en vain une maison d’édition et le travail avait été délaissé jusqu’à 2006. A l’aide du micro ordinateur, le contenu du livre une fois numérisé, atteignait sa forme terminale éditée par la maison d’édition BAGHBADI en 2012 ».
L’Espoir Libéré: Avez-vous eu recours à des ouvrages de référence ?
Bélaid Zeggane : «Bien sûr. Comme tout ouvrage scientifique en particulier, on doit recourir à des ouvrages de référence. D’ailleurs quelque soit l’ouvrage scientifique, il doit s’appuyer sur des travaux précédents afin d’avoir sa crédibilité cognitive. Pour mon premier livre, j’ai eu recours à des références tantôt scientifiques, tantôt linguistiques. »
L’Espoir Libéré: Il est difficile de nommer des choses. Où avez-vous trouvé les dénominations qui conviennent, par exemple pour nommer les planètes en tamazight : terre, Mars, Jupiter, Uranus, Saturne, et Mercure, Venus, etc..? Les étoiles, les constellations, et, et… ?
Bélaid Zeggane : « Une question très importante et liée à la précédente. En fait je n’ai rien inventé. Concernant les planètes visible à l’œil nu et les constellations, elles étaient connues dans la communauté amazighe qui s’étend de Siwa en Egypte jusqu’au Maroc et ce depuis l’antiquité. Par rapport aux termes scientifiques, j’ai trouvé ce qu’il me fallait dans les lexiques réalisés par des linguistes spécialistes. »
L’Espoir Libéré: Il est connu que les Editions Baghdadi ont misé sur le parascolaire et ouvert la voie à des auteurs méconnus. Pour vous comme pour M. Mohammed Baghdadi, était-ce un saut dans l’inconnu ou bien une aventure intellectuelle ?
Bélaid Zeggane : « Bien au contraire, il s’agit d’un véritable élan visant à stimuler la créativité littéraire et à encourager les auteurs méconnus à tenter leur chance dans divers domaines, qu’ils soient littéraires ou scientifiques.
En effet, la maison d’édition Baghdadi, sous la direction de son propriétaire M. Mohamed Baghdadi, a contribué à la publication de centaines d’ouvrages, notamment en langue amazigh.
Je peux affirmer avec certitude que M. Mohamed Baghdadi se soucie peu de savoir s’il s’agit d’une aventure ou de tout autre type d’entreprise; ce qui lui importe avant tout, c’est de semer le savoir à tout vent, et d’élargir le champ des connaissances au sein de la société algérienne, en particulier lorsqu’il est question de patrimoine culturel et intellectuel authentique de notre pays. »
L’Espoir Libéré: Apparemment, vous peinez actuellement à faire lire les deux versions de « Tassnagurt ». Est-ce un problème de médiatisation ou bien tout simplement les aléas de la distribution ?
Bélaid Zeggane : «Malheureusement, cette question renvoie à la crise majeure que traverse actuellement le livre papier. En réalité, le problème ne tient ni à la couverture médiatique, ni à la distribution : il réside plutôt dans la question de la lecture elle-même. Les réseaux sociaux ont détourné le lecteur du livre papier pour l’orienter vers le livre numérique, ou plus précisément vers des extraits d’ouvrages prêts à consommer, que l’internaute glane au fil d’un monde virtuel, provoquant ainsi une dispersion intellectuelle et l’enlisant dans le marécage de la pollution numérique. »
L’Espoir Libéré: Parlons astronomie. Il est dit, depuis des lustres, que notre constellation est occupée par dix ou onze planètes. La presse a rapporté que les astronomes ne se sont pas accordés sur cette onzième planète. Pouvez-vous nous en dire plus.
Bélaid Zeggane : « En réalité notre système solaire est composé de huit planètes, dont six peuvent être vues à l’œil nu. Les astronomes contemporains, précisément après 2006, ont exclu de ce système la planète Pluton, jadis considérée comme la neuvième et la dernière planète découverte. Cette exclusion faite selon des critères posés par les savants d’astronomie. En effet, la onzième planète n’était pas le seul cas qui avait fait jailli le débat, car il avait été précédé par un autre. Dans la moitie du 18ème siècle, des observations astronomiques avaient enregistré le passage de soit disant un corps céleste opaque plus proche du soleil que la planète Mercure. On lui avait donné le nom Vulcain. Néanmoins, toutes les tentations de recherche et d’observation qui avaient succédé, n’avaient donné aucun résultat positif sur l’existence de cette planète hypothétique. »
L’Espoir Libéré: Vous participez régulièrement à des sorties nocturnes avec un club d’astronomie ; le club de Bouismaïl ; et des élèves de tout âge y sont inscrits. Qu’apportent les activités de ce club au Centre de recherche en astronomie et astrophysique de Bouzaréah (CRAAG, Alger) ?
Bélaid Zeggane : « On peut considérer les clubs d’astronomies le berceau où se forment les futurs chercheurs et activistes dans le domaine de l’astronomie, mais leur rôle se limite à l’initiation, et reste généralement complémentaire à celui de l’université et des observatoires. Ainsi, ils permettent aux jeunes :
– D’apprendre à observer le ciel et à utiliser le télescope
– De se familiariser avec les cartes célestes et les logiciels d’astronomie.
– De réaliser des petites observations et mesures visant les étoiles, météores, comètes et astéroïdes etc.
– Rencontrer des astronomes, astrophysiciens des centres tels que le CRAAG et les étudiants universitaires.
Il faut noter ici que certains amateurs très expérimentés, ont d’ailleurs réalisé des observations très utiles à la communauté scientifique notamment dans la découverte des comètes et astéroïdes. Leurs découvertes les ont rendus même célèbres. »
L’Espoir Libéré: Mme Tassadit Yacine est réputée pour avoir trouvé les lettres qui conviennent à transcrire des phonèmes exclusivement kabyles et s’en être servie afin de transcrire les poèmes de l’aède Lounis Aït Menguelat. Ses ouvrages vous ont-ils été bénéfiques?
Bélaid Zeggane : « Les lettres qui conviennent à transcrire des phonèmes exclusivement kabyles sont connues bien avant même la naissance de l’écrivaine Tassadit Yacine. LE RECUEIL DE POESIE KABYLES apparu en 1904 de SI AMMAR BEN SAID BOULIFA, LES CAHIERS DE BELAID AIT ALI dans les années 1940, LES POEMES DE SI MOHAND en 1960 recueilli par MOULOUD FERAOUN et les ouvrages en linguistiques du fameux Mouloud Mammeri ont été écrites en ces lettres. En ce qui me concerne, J’ai appris ces lettres en d’autres voies et en autonomie. »
L’Espoir Libéré: Quelle est la relation ou bien les similitudes entre l’astronomie qui est une science et l’astrologie, à ce jour pas encore catégorisée comme une science? Y’a-t-il une relation entre l’astrologie et la magie (ou bien la sorcellerie)?
Bélaid Zeggane : « Malgré qu’il existe une relation historique très fortes entre l’astronomie et l’astrologie, mais aujourd’hui ils sont décrits comme deux domaines fondamentalement différents. Dans l’antiquité, celui qui observe les mouvements des corps célestes et calcule leur positions, établie des calendriers, il continue son travail par l’interprétation de ces positions comme des signes annonçant des événements terrestres, ou ayant une influence ou une signification concernant la vie et le destin des personnes. La séparation entre ces deux domaines a surgit dès qu’on a commencé à décrire et expliquer scientifiquement les phénomènes célestes en débutant les questions par : pourquoi, comment et quel ou quelle ».
Entretien réalisé par Farid Mellal










