Depuis l’annonce de l’accord entre le Maroc et l’entité sioniste visant à transformer leurs représentations diplomatiques au rang d’ambassades, la population marocaine a exprimé son désaccord dans la rue. Ce n’est ni une surprise ni une anomalie : dans toute démocratie, la contestation d’une décision qui est une dérive morale majeure est un droit légitime. Pourtant, à Tanger, la réponse des autorités n’a pas été le dialogue, mais la matraque, les fourgons cellulaires et les arrestations. Ce qui devait être une simple marche pacifique s’est transformé en scène de répression, comme si contester la normalisation avec l’entité sioniste constituait désormais un crime.

Le contraste entre Marrakech et Tanger est éclairant. À Marrakech, des milliers de manifestants ont pu défiler sans incident majeur. À Tanger, la même mobilisation, portée par les mêmes mots d’ordre (rejet de l’échange d’ambassadeurs et soutien à la cause palestinienne) a été violemment dispersée. Cette différence de traitement interroge : pourquoi la même revendication est-elle tolérée ici et réprimée là ? La réponse semble moins tenir à la nature du message qu’à la volonté de punir certains organisateurs, notamment ceux du front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation.

Les arrestations rapportées par des activistes et des militants des droits de l’homme sont particulièrement préoccupantes. Parmi les personnes détenues figurent des figures connues de la lutte anti-normalisation, comme l’avocat Mohamed El-Saroukh, ainsi qu’un haut cadre du mouvement Al Adl wa El Ihsane. Ces arrestations ne visent pas des fauteurs de trouble, mais des voix dissidentes. En s’attaquant à des personnalités identifiées, les autorités envoient un message sans ambigüité : contester la normalisation, c’est s’exposer à la répression. C’est une atteinte directe à la liberté d’expression et au droit de manifester.

Les images diffusées sur les réseaux sociaux, montrant des militants embarqués de force dans des fourgons de police, rappellent des épisodes sombres que l’on croyait réservés à d’autres époques. La répression à Tanger n’est pas une simple opération de maintien de l’ordre : elle s’apparente à une tentative désespérée de punir une population libre et fière, comme l’a écrit l’activiste Hassan Bennajeh. Depuis trois ans, cette population maintient un élan de mobilisation en soutien à Ghaza et en rejet de la normalisation. Réprimer cet élan, c’est nier la légitimité d’un engagement citoyen constant et pacifique.

Il est d’autant plus troublant que cette répression intervient dans un contexte de vide politique. La tension monte au Maroc alors même qu’aucun chef du gouvernement n’a été nommé. Dans une telle situation, la rue devient le seul espace d’expression pour une partie de la population. Au lieu d’écouter ce signal, les autorités choisissent de le faire taire par la force. Cette stratégie ne résout rien : elle alimente la colère, délégitime les institutions et expose le pays aux critiques internationales.

La répression des manifestants à Tanger n’est pas seulement une atteinte aux droits fondamentaux. Elle révèle une conception inquiétante du pouvoir, où toute opposition à la normalisation avec l’entité sioniste est traitée comme une menace à neutraliser. Le Maroc ferait mieux d’écouter ses citoyens que de les arrêter. La démocratie ne se décrète pas ; elle se construit dans le respect du droit de manifester, même et surtout lorsque la voix du peuple dérange.

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