Face aux bouleversements géopolitiques et à l’érosion du multilatéralisme, l’Algérie appelle à redonner au Mouvement des non-alignés (MNA) toute sa portée politique et diplomatique. Dans une allocution adressée mardi à la réunion de haut niveau organisée à Belgrade à l’occasion du 65e anniversaire de la première conférence du MNA, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a plaidé pour un mouvement « uni », capable de peser davantage sur les grandes questions internationales.

L’allocution du président Tebboune a été lue par la présidente de l’Assemblée populaire nationale (APN), Khalida Boufedeche, représentant le chef de l’État à cette rencontre.

Le président de la République a estimé que cette commémoration constituait une opportunité pour insuffler « un nouvel élan » au Mouvement et renouveler l’engagement de ses membres en faveur des principes fondateurs du non-alignement.

Il a notamment insisté sur la nécessité de défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats, la non-ingérence dans les affaires intérieures, la protection des intérêts mutuels et le renforcement de la coopération internationale fondée sur le multilatéralisme.

Pour l’Algérie, ces principes revêtent aujourd’hui une importance particulière dans un contexte marqué, selon le président Tebboune, par le retour du recours à la force dans le règlement des différends internationaux et par l’affaiblissement du système de sécurité collective.

Le chef de l’État a réaffirmé avec force l’attachement de l’Algérie à cette doctrine diplomatique, soulignant que « le non-alignement n’est ni une posture du passé ni un simple rêve diplomatique passager, mais un choix souverain renouvelé ».

Il a également insisté sur le caractère indivisible de la souveraineté et sur l’impossibilité d’appliquer le droit international de manière sélective. Cette position prend une dimension particulière lorsqu’il évoque la situation au Moyen-Orient. Le président Tebboune a dénoncé la poursuite de l’expansion israélienne à Gaza et en Cisjordanie, les violations du droit international et du droit humanitaire ainsi que la catastrophe humanitaire provoquée par la guerre.

Pour Alger, la crise palestinienne place la communauté internationale devant une responsabilité historique qui ne peut être indéfiniment différée. L’Algérie veut en réalité un MNA plus fort et plus influent

Dans son intervention, le président Tebboune a appelé les Etats membres à s’interroger sur leur responsabilité collective et sur leur capacité réelle à faire entendre la voix du droit et de la légalité internationale.

Avec plus de 120 Etats membres, le Mouvement des non-alignés représente, selon lui, une force internationale considérable et une « voix collective unique », susceptible d’influencer davantage le cours des événements mondiaux.

L’Algérie entend pleinement jouer son rôle dans cette dynamique, forte de son histoire et de son soutien constant aux mouvements de libération en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Le président Tebboune a notamment rappelé l’héritage du président Houari Boumediene et l’appel lancé lors du Sommet des pays non-alignés tenu à Alger en 1973 en faveur d’un nouvel ordre économique mondial destiné à libérer les pays du tiers-monde du poids du néocolonialisme.

En conclusion, l’Algérie a appelé à renforcer l’intégration, la concertation et la complémentarité entre les Etats membres du MNA et à mobiliser leurs potentialités au service des intérêts communs.

Le message porté à Belgrade est ainsi clair, dans un monde marqué par les rapports de force, les crises et les fractures géopolitiques, et Alger veut faire du Mouvement des non-alignés non pas un héritage diplomatique figé, mais une force collective capable de défendre la souveraineté, le droit international et les intérêts du Sud. Soixante-cinq ans après Belgrade, le non-alignement entend ainsi retrouver une nouvelle respiration.

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