Lundi, Pedro Sanchez a franchi un nouveau cap. Le chef du gouvernement espagnol a accusé des réseaux liés à la Russie, à Israël et à l’extrême droite internationale d’avoir diffusé et amplifié de fausses informations pendant la crise migratoire qui a secoué Ceuta à la fin du mois de juillet. Selon lui, cette campagne aurait contribué à alimenter la panique et à pousser des dizaines de milliers de migrants à tenter de rejoindre l’enclave espagnole.

Car lorsqu’un chef de gouvernement européen cite publiquement Israël parmi les acteurs accusés d’avoir contribué à une campagne de désinformation visant son propre pays, ce n’est plus une simple passe d’armes diplomatique. C’est le signe d’une relation profondément dégradée.

Madrid et Tel-Aviv ne sont plus simplement en désaccord. Ils sont désormais engagés dans un bras de fer politique.

Depuis le début de la guerre à Ghaza, Pedro Sanchez s’est imposé comme l’un des dirigeants européens les plus critiques à l’égard de la politique israélienne. L’Espagne a reconnu l’État de Palestine et multiplie les appels au respect du droit international et à la protection des civils palestiniens.

Encore le 21 août, le gouvernement espagnol condamnait fermement la décision israélienne d’avancer dans la construction de plus de 1 200 logements dans la zone E1, estimant que ces implantations compromettent la continuité territoriale palestinienne et éloignent la perspective d’une solution à deux États.

Quelques jours plus tard, Madrid dénonçait encore les attaques contre des installations de l’UNRWA en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, qualifiées de violations « inacceptables » du droit international.

Le message espagnol est donc devenu difficile à ignorer. Madrid ne veut plus se contenter de regarder. Madrid veut parler et  nommer les choses.

Mais derrière la crise de Ceuta se dessine une autre bataille .Celle de l’influence. Et l’Espagne accuse des réseaux russes et israéliens d’avoir contribué à propager des récits trompeurs sur sa politique migratoire. Israël, de son côté, rejette ces accusations. Le gouvernement espagnol affirme s’appuyer notamment sur des éléments issus de travaux du Service européen pour l’action extérieure. La bataille n’est donc plus seulement militaire, diplomatique ou territoriale.

Et de l’avis des spécialistes, Ceuta n’est pas un simple point sur une carte. C’est une frontière européenne plantée sur la rive africaine de la Méditerranée. Un territoire où se croisent les tensions migratoires, les intérêts espagnols, les relations avec le Maroc et les rivalités géopolitiques. Dans cet espace déjà inflammable, Madrid estime que certains acteurs extérieurs ont joué avec le feu. Et cette fois, Pedro Sanchez a choisi de les désigner. Il reste évidemment à établir, au-delà des accusations politiques, la chaîne exacte des responsabilités et la nature précise des réseaux impliqués. Mais une chose est certaine. Le climat diplomatique entre Madrid et Tel-Aviv s’est considérablement durci. L’Espagne  accuse et condamne. Et, dans une Europe souvent prudente lorsqu’il s’agit d’Israël, le choix de Madrid est politiquement singulier. L’Espagne pointe Israël du doigt. Et le  Maroc  se trouve au cœur de la tempête espagnole.

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