La sanction annoncée contre la branche émiratie de Banque Misr n’est pas une mesure bancaire ordinaire. Elle illustre une transformation profonde de la politique économique américaine .Ceci dit selon la presse étrangère comme l’Orient du Jour, et l’AFP que  le dollar n’est plus seulement un instrument monétaire ou commercial, il devient un levier de coercition géopolitique.
En visant une filiale d’une grande banque publique égyptienne, Washington adresse un message qui dépasse largement les frontières de l’Égypte et des Émirats arabes unis. Toute institution financière soupçonnée de faciliter les échanges avec l’Iran peut désormais se retrouver exposée à une exclusion du système financier américain.
L’enjeu est considérable. Une banque privée de la possibilité d’utiliser normalement le dollar et d’accéder aux circuits financiers américains ne perd pas seulement une monnaie de transaction. Elle risque de voir se réduire sa capacité à effectuer des paiements internationaux, à financer le commerce et à entretenir des relations avec les banques correspondantes.
C’est précisément la force du dispositif américain .Les sanctions américaines peuvent produire leurs effets bien au-delà du territoire des États-Unis. Et cette stratégie repose sur une réalité du système financier mondial. Cependant comme le soulignent de nombreux canards étrangers, et malgré la montée en puissance de l’euro, du yuan et d’autres monnaies, le dollar demeure au cœur des échanges internationaux. Washington dispose donc d’un pouvoir de filtrage qui lui permet de faire pression non seulement sur ses adversaires, mais aussi sur les banques et entreprises étrangères qui entretiennent des relations avec eux.
À force d’utiliser ainsi  l’accès au dollar comme instrument de politique étrangère, les États-Unis encouragent leurs partenaires et leurs rivaux à chercher des solutions alternatives entre autres les  règlements en monnaies nationales, mécanismes de paiement parallèles, diversification des réserves et réduction de la dépendance aux infrastructures financières américaines.
La « dédollarisation » selon les économistes  ne se décrète pas. Le dollar conserve des avantages considérables  notamment la  profondeur des marchés, la liquidité, stabilité institutionnelle et poids de l’économie américaine. Mais chaque nouvelle sanction alimente une réflexion chez les acteurs économiques  avec cette éternelle question « Peut-on dépendre durablement d’un système dont l’accès peut être transformé en instrument de pression politique ? »
L’affaire Banque Misr révèle ainsi une contradiction au cœur de la puissance financière américaine. Plus Washington utilise le dollar comme une arme, plus il démontre au reste du monde l’importance stratégique de ce pouvoir qui est le Dollar, et donc la nécessité, pour certains, de chercher à s’en affranchir.
Pour l’Iran, l’objectif américain est clair .Réduire les recettes, compliquer les transactions et rendre toujours plus coûteux le contournement des sanctions. Pour les banques internationales, le message est tout aussi clair à savoir  commercer avec l’Iran ne relève plus seulement d’une décision commerciale. C’est devenu un calcul de risque géopolitique.
Et pour l’économie mondiale, la question est peut-être la plus importante .Combien de temps le dollar peut-il rester la monnaie dominante du monde si son accès devient, de plus en plus, une question de politique étrangère américaine ?

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