La Chronique de Ouassim Mehadi

Le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, s’est félicité des progrès significatifs et du rythme accéléré de la coopération bilatérale entre l’Algérie et le Niger, soulignant la volonté politique commune des présidents Tebboune et Tiani de renforcer leurs relations fraternelles et stratégiques. Il a notamment mis en avant l’avancement du projet de forage dans le champ pétrolier de Kafra, qualifié d’étape clé dans le partenariat énergétique, et a réaffirmé l’engagement algérien à soutenir le Niger dans la maintenance de la raffinerie de Zinder, la commercialisation de son pétrole brut et l’approvisionnement en produits pétroliers. Le chef du gouvernement a également évoqué les projets structurants comme le gazoduc transsaharien (TSGP), dont les travaux conjoints progressent bien, ainsi que les avancées majeures en matière de défense et de sécurité, contribuant à la stabilité régionale et à la sécurisation des frontières. Ainsi, l’Algérie a engagé de grands projets économiques avec tous les pays du Sahel, visant le développement de cette région et sa souveraineté, menacée par des tentatives de néocolonialisme de la part de puissances étrangères.

Un vent nouveau traverse ainsi les étendues arides du Sahel. Ce n’est pas une bourrasque de sable, mais le souffle d’une volonté politique inédite. De Bamako à Niamey, en passant par Ouagadougou, les nouvelles autorités semblent animées par une même ambition : reprendre le contrôle de leurs ressources souterraines. Longtemps perçus comme de simples réservoirs de matières premières à la merci des puissances étrangères, le Mali, le Niger et le Burkina Faso écrivent aujourd’hui une page inédite de leur histoire, celle de la souveraineté économique.

Le Mali a donné le ton, en engageant une rupture franche dans le secteur aurifère. Finies les concessions léonines : l’État malien peut désormais détenir jusqu’à 35 % des parts dans les projets miniers, et s’est doté d’instruments de contrôle, la SOPAMIM pour gérer le patrimoine minier, et l’OMASP pour commercialiser l’or artisanal, mettant ainsi un coup d’arrêt à la fraude et aux trafics. Ce bras de fer avec les multinationales, à commencer par le canadien Barrick Gold, a déjà rapporté 430 millions de dollars d’accord financier. Couplées à une loi exigeante sur le contenu local, ces réformes ont généré des recettes fiscales records, prouvant que la richesse minière peut enfin irriguer les caisses de l’État.

Même dynamique, même réveil chez les voisins. Au Niger, le général Abdourahamane Tiani a osé l’impensable : reprendre la main sur l’uranium, cet « or gris » qui a si longtemps profité à la France sans jamais vraiment bénéficier aux Nigériens. Après la rupture des accords miniers, la nationalisation de la Somaïr (détenue à 63 % par le français Orano) a été officialisée, et une nouvelle société publique, TSUMCO SA, a repris l’ensemble des actifs. Un permis d’exploitation a parallèlement été accordé à la société d’État MAMICO, en lieu et place du canadien GoviEx. Même si les arbitrages internationaux ne sont pas terminés, le message est clair : Niamey fixe désormais ses propres règles.

Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré avance avec une méthode plus discrète, que certains comparent à un « cheval de Troie juridique ». Sans nationalisations spectaculaires, l’État burkinabè a patiemment repris la main sur ses mines d’or. Le gouvernement a officialisé le transfert des actifs miniers de plusieurs sociétés à la SOPAMIB. Aujourd’hui, sur les 15 mines industrielles du pays, six sont majoritairement détenues par des entreprises burkinabè, dont trois directement contrôlées par l’État. La création de la première mine d’or entièrement publique, SOPAMIB Bouboulou, marque une rupture définitive avec le modèle de concession passive. Avec un investissement de plus de 32 milliards de FCFA, elle devrait générer 34,5 milliards de recettes directes sur 15 ans, au bénéfice du budget national.

Une école sahélienne de la souveraineté

Ce que nous observons, c’est l’émergence d’une véritable « école sahélo-saharienne de la souveraineté ». Les détracteurs occidentaux y voient un nationalisme des ressources primaire. Pourtant, ces pays ne font qu’appliquer les mêmes règles que le Nord s’applique à lui-même : la Norvège avec son pétrole, le Canada avec ses terres rares, les États-Unis avec leurs mines stratégiques. Il ne s’agit pas d’un anti-occidentalisme aveugle, mais d’un réalisme économique implacable. Pourquoi l’uranium nigérien continuerait-il d’alimenter les centrales françaises, alors que les hôpitaux de Zinder manquent de seringues ? Pourquoi l’or du Burkina enrichirait-il des actionnaires canadiens, pendant que des enfants de Kaya étudient encore sous des arbres ?

Le chemin est semé d’embûches ; pressions diplomatiques, contentieux juridiques, défis sécuritaires. Mais pour la première fois depuis les indépendances formelles, le cap est juste. Ce n’est plus l’étranger qui décide de ce qui sort du sous-sol nigérien ou burkinabè, mais les Africains eux-mêmes. Ce réveil, au milieu du chaos, redonne un sens à la dignité et à la souveraineté. Et cela, aucun décret ni aucune sanction étrangère ne pourra jamais l’effacer.

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