Les images circulent actuellement sur les réseaux sociaux marocains, suscitant une vague d’émotion et de colère. Des images montrent des cultivateurs de fruits exotiques comme les avocats ont été expulsés de leurs exploitations par des gendarmes marocains pour les offrir illégalement à des sionistes nouvellement débarqués dans le royaume. Sommés de libérer leurs exploitations d’arbres fruitiers et leurs terres au profit de « prétendus propriétaires sionistes », ces Marocains clament leur détermination : « On ne bougera pas ». D’autres images montrent des habitants d’une région rurale près de Rabat, menacés de perdre le toit sous lequel ils vivent depuis un siècle.
Ces expulsions forcées, qui touchent des centaines de familles, ne sont pas un cas isolé. Un rapport d’une organisation de défense des droits au logement fait état de 300 personnes affectées. Et le phénomène semble s’étendre, comme en témoignent des opérations similaires rapportées dans le sud du Maroc, où les autorités sont accusées d’expulser brutalement des familles de leurs terres.
Pour les habitants, la stupeur le dispute à la colère. « Nous n’avons pas où aller. S’ils veulent détruire la maison sur nos têtes, qu’ils le fassent », lance un résident, résigné mais inflexible. Une femme, dont la famille risque de se retrouver à la rue avec ses enfants, jure de « rester sur place quoi qu’il en coûte » . Ces témoignages poignants révèlent un profond sentiment d’injustice chez des familles qui, pour certaines, possèdent des preuves de propriété et des quittances d’impôts en bonne et due forme.
Mais alors, comment expliquer que des familles établies depuis plusieurs générations soient soudainement menacées d’expropriation ? La réponse, pour de nombreux Marocains et pour les médias qui relaient leur détresse, se trouve dans l’évolution des relations diplomatiques du royaume. Depuis la normalisation avec « l’entité sioniste » et la promulgation d’une loi controversée permettant aux juifs d’origine marocaine exilés de récupérer leurs biens, des centaines de familles sont sommé de quitter leurs foyers.
Le cadre juridique a changé, mais pour les victimes, la conséquence est la même : une dépossession brutale. Des « nouveaux prétendus propriétaires intransigeants » se manifestent, s’appuyant sur cette loi pour faire valoir leur accaparement illégal sur des biens occupés depuis des décennies. Le conflit est d’autant plus douloureux qu’il oppose des citoyens marocains, munis de leurs propres titres de propriété, à des étrangers sionistes.
Dans ce climat de tension et d’injustice, les appels à l’aide restent lettre morte. Les familles frappées par les ordres d’expulsion se tournent vers le procureur du roi pour qu’il protège leurs droits, mais leurs appels seraient restés sans réponse, alimentant un sentiment d’abandon et d’injustice. « Désemparés, ne sachant plus à quel saint se vouer », ils n’ont d’autre choix que de manifester leur colère dans la rue, multipliant les sit-in et les rassemblements publics.
Cette situation, perçue comme une conséquence directe des accords de normalisation, est jugée « inacceptable » par les citoyens marocains qui y sont opposés. Pour les familles dépossédées, la normalisation diplomatique s’est muée en une épreuve personnelle, celle d’une lutte inégale pour conserver un héritage et un lieu de vie. Leur refrain, « On ne bougera pas », résonne comme un cri d’alarme face à ce qu’ils considèrent comme une spoliation en règle.










