La chronique de Ouassim Mehadi
Alors que le président algérien est attendu à Berlin le 16 juillet pour une visite de travail, les regards des grandes puissances économiques se tournent avec un intérêt croissant vers le marché algérien. Parmi elles, l’Allemagne, troisième exportateur mondial et sixième fournisseur de l’Algérie, adopte une posture résolument optimiste. Ce rendez-vous diplomatique de haut niveau pourrait bien être l’occasion de donner un nouvel élan à une relation économique qui, sans être spectaculaire, n’en demeure pas moins solide et porteuse d’avenir.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les exportations allemandes vers l’Algérie ont atteint environ 2,1 milliards d’euros en 2025, un niveau qui témoigne de la constance des échanges bilatéraux. Si le premier trimestre 2026 a enregistré un léger recul de 5,6 %, cette fluctuation ne saurait occulter la tendance de fond. Les entreprises historiquement implantées (Knauf dans les matériaux de construction, Siemens dans l’énergie et l’industrie, Liebherr dans l’équipement, ou encore BASF dans la chimie) incarnent une présence allemande durable et diversifiée. La baisse spectaculaire de 36 % des exportations de véhicules et pièces détachées, imputable à la réglementation stricte des importations automobiles en Algérie, est en réalité un signal : le marché évolue et les acteurs doivent s’adapter.
Cette adaptation est déjà à l’œuvre. Là où les automobiles reculent, les machines et équipements industriels progressent avec vigueur : +23 % en 2025, pour atteindre 462 millions d’euros d’exportations. Ce chiffre, relevé par l’Office fédéral allemand de la statistique, confirme l’analyse de l’agence Germany Trade & Invest (GTAI) : l’Algérie reste « un marché intéressant » pour les fabricants allemands, grâce à « l’activité intense dans le secteur industriel ». Les investissements publics massifs, les projets d’extension des infrastructures et la volonté affichée de diversifier l’économie hors des hydrocarbures dessinent un terrain fertile pour le savoir-faire technologique allemand, reconnu mondialement.
Du côté des exportations algériennes vers l’Allemagne, la tendance est tout aussi encourageante. Elles ont augmenté de 11 % en 2025, à 1,4 milliard d’euros, et poursuivent leur progression au premier trimestre 2026 avec une hausse spectaculaire de 20 %. Si les hydrocarbures bruts et produits pétroliers restent le pilier de ces échanges, l’avenir s’annonce bien plus ambitieux.
L’avenir radieux de l’hydrogène vert
Le projet SoutH2 Corridor, destiné à acheminer 4 millions de tonnes d’hydrogène vert algérien jusqu’en Allemagne via la Tunisie, l’Italie et l’Autriche, place l’Algérie en position de futur fournisseur stratégique pour la transition énergétique européenne. Dans un contexte où l’UE cherche à diversifier ses approvisionnements, l’Algérie, deuxième fournisseur de gaz par gazoduc de l’Union en 2025, conforte son rôle de partenaire énergétique incontournable.
Les perspectives de croissance sont solides : les estimations pour 2026 oscillent entre 3,7 % et 4,5 %, soutenues par les revenus des hydrocarbures, la consommation intérieure et les investissements publics. L’agence GTAI met en lumière un chiffre vertigineux : 60 milliards de dollars d’investissements sont prévus dans le secteur énergétique d’ici 2030, avec pour objectif 15 GW de capacité installée d’énergies renouvelables à l’horizon 2035. Au-delà, les signes de diversification sont tangibles : mines, agroalimentaire, pharmacie, automobile, infrastructures – autant de secteurs où l’Allemagne, forte de son expertise, peut saisir des opportunités. Si la Chine gagne effectivement du terrain dans tous les domaines, l’Allemagne dispose d’un atout différenciant : la qualité, la fiabilité et le transfert de technologie. La visite présidentielle du 16 juillet à Berlin pourrait bien être le catalyseur qui transformera ce potentiel en partenariat d’exception, à la hauteur des défis communs du XXIe siècle.










