Il y a des matchs qui ne se racontent pas. Ils se vivent, puis ils se transmettent, de bouche en bouche, de génération en génération, comme on transmet une mémoire collective que personne n’a tout à fait vécue mais que tout le monde reconnaît. Le 28 juin 2026 est déjà de ceux-là. En arrachant un nul vertigineux face à l’Autriche (3-3) et en s’offrant, au terme d’un scénario de tous les vertiges, leur billet pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde, les Fennecs n’ont pas simplement rempli une case dans un tableau de résultats. Ils ont rallumé une flamme. Celle qui brûle, depuis 1982, au cœur d’un football algérien dont la véritable nature, insoumise, flamboyante, capable de métamorphoser le désavantage en gloire, se révèle toujours là où on l’attendait le moins.
Car l’Algérie n’a jamais été une nation de football tranquille. Elle est celle des coups de tonnerre, des nuits qui bifurquent, des miracles arrachés à la dernière ligne. En battant l’Allemagne de l’Ouest en 1982 (2-1), un score qui résonne encore comme une déclaration d’indépendance sportive, Madjer, Belloumi et leurs frères d’armes n’avaient pas seulement signé l’une des plus belles pages de l’histoire des Coupes du monde ; ils avaient gravé dans le marbre l’identité d’un peuple qui ne capitule pas. Trente-deux ans plus tard, face à cette même Allemagne qui allait s’emparer du titre, les Verts avaient encore dit non, le temps de prolongations cruelles que le but de Djabou avait sublimées, même dans la défaite. Ce mardi soir, contre une Autriche solide et bien organisée, les hommes du sélectionneur ont ajouté un nouveau volet à ce roman national.
Le chemin n’avait pourtant rien d’une promenade. L’entrée en matière avait été douloureuse, une gifle argentine portée par l’insolence du génie Messi, une victoire laborieuse contre la Jordanie qui avait laissé plus de doutes que de certitudes. Le dos au mur, dans cet espace inconfortable où les sélections nord-africaines ont parfois trébuché, l’Algérie aurait pu se recroqueviller. Elle a choisi, une fois encore, d’attaquer. Riyad Mahrez, en héros de compétition capable de hausser son niveau à mesure que l’enjeu s’élève, a été le chef d’orchestre de ce sursaut, signant un doublé qui restera dans les mémoires. Autour de lui, un collectif tendu comme un arc, refusant les compromis, puisant dans cette réserve de caractère que nulle statistique ne saurait mesurer.
Ce résultat est aussi, en creux, une réponse à ceux qui doutaient. La génération actuelle avait dominé le continent africain, accumulé les titres, mais le monde demeurait ce plafond de verre contre lequel les aspirations buttaient. Ce soir de juin, ce plafond a volé en éclats. Et dans les rues d’Alger, d’Oran, d’Annaba, dans les salons où des familles entières ont suivi ce match en apnée, la communion qui a suivi le coup de sifflet final a dit quelque chose d’essentiel : le football algérien a retrouvé son rang. Pas seulement continental. Mondial. L’histoire continue. Elle s’écrit, comme toujours, avec les encres indissociables du courage et de la fierté.










