La chronique de Ouassim Mehadi

Les audiences accordées par les ministres Kamel Rezig et Mohamed Arkab à la délégation du Fonds monétaire international, conduite par M. Charalambos Tsangarides, chef de mission pour l’Algérie, s’inscrivent dans un cadre qui mérite d’être lu au-delà du protocole diplomatique.

Ces consultations au titre de l’article IV (mécanisme de surveillance bilatérale par lequel le FMI évalue annuellement la santé macroéconomique de ses membres), interviennent dans un contexte de recomposition profonde des rapports entre institutions de Bretton Woods et pays du Sud global.

Pour l’Algérie, il ne s’agit pas d’un simple audit, mais d’une occasion de faire valoir la cohérence d’un modèle de développement que ses dirigeants entendent défendre sur la scène internationale. Un dialogue d’égal à égal. La nature même de ces échanges tranche avec les relations historiquement asymétriques qu’entretiennent les pays en développement avec le FMI. L’Algérie ne négocie pas de programme d’ajustement structurel, ne sollicite aucune ligne de crédit conditionnée, mais elle présente des résultats. Cette posture, que l’on doit à la consolidation des réserves de change et à la maîtrise relative des équilibres budgétaires permise par la rente hydrocarbure, confère au pays une marge de manœuvre que peu d’économies africaines peuvent revendiquer. Dans le contexte d’une dette extérieure quasi nulle et de réserves oscillant autour de 70 milliards de dollars, Alger dialogue avec Washington et ses institutions depuis une position de solvabilité souveraine, ce qui est, en soi, un message politique.

Le ministre Rezig a présenté les avancées de la stratégie nationale de diversification économique : élargissement de la base des exportateurs, accès de produits nationaux à de nouveaux marchés, accompagnement structuré des opérateurs économiques. Ces indicateurs, encore modestes en valeur absolue, signalent une dynamique que le FMI ne peut ignorer : l’Algérie travaille à réduire sa vulnérabilité aux cycles du pétrole, sans pour autant céder aux injonctions de libéralisation accélérée qui ont fragilisé d’autres économies émergentes dans les décennies passées.

La présentation du ministre Arkab aux experts du FMI a mis en lumière la dialectique centrale de la politique énergétique algérienne : préserver la maîtrise nationale sur la ressource tout en attirant les capitaux et les technologies dont le pays a besoin. L’appel d’offres « Algeria Bid Round 2026 » incarne cette ambition, celle d’ouvrir sélectivement le sous-sol algérien aux partenaires internationaux, sans reproduire les schémas de dépendance qui ont marqué l’ère pré-Sonatrach.

Dans un contexte mondial où la compétition pour l’accès aux ressources énergétiques s’intensifie, entre réorientation des approvisionnements européens post-Ukraine, montée en puissance des GNL américains et repositionnement des producteurs africains, l’Algérie occupe une position stratégique que ses interlocuteurs du FMI ne sauraient sous-estimer. Fournisseur historique de l’Europe du Sud via les gazoducs Medgaz et Transmed, l’Algérie a su capitaliser sur la crise énergétique de 2022 pour réévaluer la valeur stratégique de ses exportations et renégocier, en position de force.

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