La chronique de Ouassim Mehadi

La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a proposé une « initiative de coopération pour le stockage conjoint » entre les pays du G7 afin de renforcer les réserves de minerais critiques. Cet appel a été lancé lors du sommet du G7 en France. Il montre l’importance géopolitique cruciale des minéraux critiques. Cette importance est de plus en plus prise en compte par de nombreux pays. C’est le cas de l’Algérie qui a récemment annoncé son intention d’intégrer la transformation locale des minéraux critiques et notamment du lithium dans sa nouvelle Stratégie de développement industriel. Ce choix, qui s’inscrit dans la lignée des politiques déjà menées par le Zimbabwe, la République démocratique du Congo ou la Guinée, reflète une prise de conscience continentale : les ressources minières ne doivent plus être exportées à l’état brut, mais transformées localement pour capter une part croissante de la valeur ajoutée. Avec la montée en puissance des technologies propres, la demande mondiale de lithium devrait exploser, faisant de ce métal un levier essentiel pour la souveraineté économique et industrielle des pays producteurs.

L’Algérie, en dépit d’un sous-sol encore partiellement exploré, dispose d’atouts certains. Des indices prometteurs ont été identifiés dans les wilayas de Tamanrasset et d’In Guezzam, notamment grâce à une collaboration avec le groupe chinois Ganfeng Lithium. Le pays semble décidé à ne pas répéter les erreurs du passé, où l’exportation massive d’hydrocarbures a freiné le développement d’un tissu industriel diversifié. Désormais, la volonté affichée est de construire une filière intégrée, de l’extraction à la production de batteries, en passant par la purification et la recherche-développement.

Cette ambition repose également sur la mobilisation de compétences nationales de haut niveau. L’expert international Karim Zaghib, spécialiste des technologies de batteries lithium-fer-phosphate (LFP), a été sollicité pour accompagner la mise en place de cet écosystème. L’objectif est de créer une chaîne de valeur complète, adossée à la formation et à la recherche, pour faire de l’Algérie un acteur régional du stockage d’énergie et de la mobilité électrique. Cette approche, si elle se concrétise, permettrait de diversifier l’économie nationale et de créer des emplois durables, tout en répondant aux exigences de la transition énergétique.

Toutefois, le chemin est semé d’embûches. L’expérience d’autres pays africains le montre : la transformation locale exige des investissements massifs, une infrastructure énergétique fiable et un cadre réglementaire stable. Les critiques émises en Afrique du Sud sur les risques d’une approche trop contraignante, qui pourrait décourager les investissements, rappellent que l’incitation et les conditions économiques favorables sont aussi importantes que la volonté politique. L’Algérie a décidé de veiller à ne pas tomber dans le piège d’un protectionnisme mal calibré, qui nuirait à l’attractivité de son secteur minier. Pour l’Algérie, le pari du lithium est donc bien plus qu’un simple projet industriel. Il s’agit d’un test grandeur nature de sa capacité à se réinventer dans un monde en pleine mutation énergétique. La réussite de cette stratégie dépendra de la fluidité de la coordination entre les ministères, de l’efficacité des partenariats techniques et de la constance de l’engagement politique. Si ces conditions sont réunies, le « pétrole blanc » pourrait bien contribuer à redessiner la carte industrielle de l’Afrique.

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