La souveraineté numérique est un pilier concret de la politique économique algérienne. Une entreprise privée, Ayrade SPA, pionnière du cloud souverain, s’apprête à entrer en Bourse. Et ce n’est pas un détail : c’est un signal fort, celui d’un pays qui prend pleinement la mesure des enjeux du XXIe siècle. Du 1er au 30 juin, les investisseurs algériens pourront souscrire aux actions d’Ayrade. L’opération est modeste en apparence (1,25 million de nouvelles actions à 800 DA l’unité, soit une levée d’un milliard de dinars), mais immense par sa portée symbolique et stratégique.
Pour la première fois, une entreprise technologique spécialisée dans le cloud souverain fait appel au marché financier local. Et cela change la donne. Car Ayrade n’est pas une start-up ordinaire. Depuis 2009, elle construit patiemment une infrastructure numérique indépendante, avec ses propres data centers à Alger et Oran. Dans un monde où les données sont devenues une ressource aussi précieuse que le pétrole, confier ses informations à des géants étrangers n’est plus tenable.
L’Algérie l’a compris. En soutenant des acteurs nationaux du cloud, elle pose les fondations d’une souveraineté technologique longtemps négligée. Mais ce qui est saisissant dans ce défi, c’est la symbiose entre finance et stratégie nationale. La Bourse d’Alger, trop longtemps marginalisée, se réinvente comme un levier de financement de l’économie réelle et surtout de l’économie du savoir. Le fondateur d’Ayrade, Mohamed Lamine Belbachir, le dit sans détour : il s’agit d’“associer les investisseurs algériens à la consolidation de la souveraineté numérique nationale”. Autrement dit, acheter une action Ayrade, ce n’est pas seulement placer son argent, c’est participer à un projet de pays.
Les autorités algériennes, de leur côté, affichent une volonté limpide. Le président de la COSOB salue la “dynamique” du marché boursier. La directrice de la Bourse d’Alger voit dans cette introduction une étape vers une économie “moderne, diversifiée et compétitive”. Les mots sont importants : ils traduisent un changement de logiciel. Finie l’époque où l’État était l’unique investisseur et protecteur des secteurs stratégiques.
Valoriser ses compétences
Place à une logique vertueuse où le financement privé, le marché et la vision publique se conjuguent.
Et ce n’est que le début. Ce mois de juin verra aussi entrer en Bourse trois entreprises issues de la recherche scientifique (CRAPC, CRTI, CDER). Là encore, le message est limpide : l’Algérie veut valoriser ses compétences, sortir du tout-énergétique et bâtir une économie de la connaissance. La capitalisation boursière nationale (déjà à 745,5 milliards de dinars) va croître, et avec elle, la place de la technologie dans le paysage économique. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Le chemin vers une souveraineté numérique complète est long. Il faudra former des milliers d’ingénieurs, sécuriser les infrastructures, convaincre les entreprises publiques et privées de migrer vers le cloud national. Mais l’essentiel est là : le cap est pris. Et il est juste. En lançant Ayrade en Bourse, l’Algérie envoie un double signal. À l’intérieur : “Investissez chez vous, dans vos talents et vos données.” À l’extérieur : “Nous ne serons plus simplement des consommateurs de technologies étrangères, mais des acteurs souverains de notre destin numérique.” Ce progrès est à absolument à saluer. Et rendez-vous en juin : la souscription est ouverte. L’avenir numérique de l’Algérie se joue aussi dans les carnets d’ordres de sa Bourse.









