Abdelkader Reguig, analyste politique et ex-sénateur 

Par Abdelkader Reguig*

Le cœur du problème : une guerre asymétrique qui s’étend

L’arrêt des négociations USA-Iran ne découle pas uniquement des provocations israéliennes. Mon analyse met en lumière un mécanisme central : Israël agit comme un « déclencheur » stratégique pour saboter toute avancée diplomatique. Mais aujourd’hui, la saturation de cette guerre d’usure ne va plus rester confinée au Moyen-Orient. L’exaspération de la situation pousse d’autres grandes puissances à entrer en scène.

Points forts de la démonstration

1. Le piège économique

-Coût d’interception (Dôme de fer): des centaines de milliers de dollars par missile.
-Drones iraniens : une fraction de ce coût.
-La guerre d’usure avantage celui qui peut maintenir une pression à bas coût.

2. L’inversion du rapport de force par la durée

Israël dispose d’une population d’environ 10 millions d’habitants et d’un territoire de 22 000 km², avec un modèle économique dépendant de la stabilité. Sa stratégie repose sur la victoire rapide par choc.
L’Iran, avec près de 90 millions d’habitants et 1,6 million de km², a construit son économie sous pression. Sa stratégie est celle de l’endurance, du marathon.

La durée retourne donc l’avantage initial d’Israël.

3. La coalition défensive du 13-14 avril 2024

USA, Royaume-Uni, France et Jordanie ont dû intervenir pour protéger Israël. Cela révèle une vulnérabilité : l’interception massive n’est pas soutenable indéfiniment.

Nuances : la cyberguerre israélienne reste un atout. Mais ces nuances deviennent secondaires face à l’élargissement du conflit.

L’arrivée de la Chine et de la Russie : quand l’usure devient mondiale

La guerre d’usure entre Israël et Iran atteint un seuil de saturation. Or, cette saturation impliquera incitativement la Chine, car Pékin doit défendre ses intérêts énergétiques (pétrole iranien, routes maritimes du Golfe). Une déstabilisation prolongée menacerait directement son approvisionnement.

Parallèlement, la Russie ne restera pas spectatrice. L’exaspération de la situation – combinée à son propre conflit ukrainien – la pousse à intervenir pour briser ce qu’elle perçoit comme l’hégémonie d’un gendarme du monde (les États-Unis). Moscou y voit une occasion de tester l’unité occidentale sur un second front.

L’injustice et le non-respect du droit international viennent compliquer davantage les choses : les frappes extrajudiciaires, les assassinats ciblés, les violations de souveraineté se multiplient sans qu’aucune instance ne les sanctionne réellement. Dans ce vide, chaque camp se sent autorisé à tout.

Verdict : vers la Troisième Guerre mondiale ?

Nous allons, cette fois, probablement vers la Troisième Guerre mondiale, non pas comme un choc unique, mais comme une guerre d’usure planétaire :

-La Chine soutiendra l’Iran par l’économie et la technologie.
-La Russie l’appuiera militairement (bases, renseignement).
-Les États-Unis resteront l’ancrage d’Israël.
-L’Europe et les puissances régionales seront entraînées malgré elles.

L’arrêt des négociations n’est donc plus seulement une provocation israélienne. C’est le symptôme d’un monde où l’injustice et le mépris du droit ont épuisé toute solution politique. Quand les gendarmes ne respectent pas la loi qu’ils prétendent faire respecter, la guerre d’usure devient mondiale – et personne ne peut plus en sortir.

Contact: orarexe@gmail.com

Sources:                                                                                                                       -Le Wall Street Journal et l’édition en ligne de CNN, CNN.com, via le journal China Times, chiffrent le coût de la défense israélienne entre 1 et 1,5 milliard de dollars pour une seule nuit, contre 1 à 2 milliards de dollars pour l’attaque iranienne.
– La vulnérabilité d’Israël et la coalition défensive: Le Sénat public (radio/télévision publique française) confirme que la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Jordanie ont aidé à protéger Israël lors de l’attaque iranienne.
-Le Strait Times indique que la Chine est le principal acheteur de pétrole iranien, avec près de 90 %
·-La chaîne de télévision BFMTV rapporte que le ministre russe Sergueï Lavrov a accusé Israël, à l’ONU, de vouloir « faire exploser le Moyen-Orient ».
·-L’injustice et le non-respect du droit international: L’ONU
-communiqué de presse de l’OHCHR du 16 avril 2024
·-La menace de la Troisième Guerre mondiale (WW3): Le journal britannique
-The Mirror cite le Dr. Sean McFate, professeur à l’Université de Georgetown, qualifiant l’attaque iranienne de « premier pas vers la Troisième Guerre mondiale ».

*Abdelkader Reguig: Analyste politique et ex-sénateur

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