« Les Russes sont en train de négocier leur départ du Mali et la junte au pouvoir à Bamako va tomber dans quelques semaines ou quelques mois. » C’est du moins ce qu’affirme sur RFI le député français centriste Bruno Fuchs, qui préside à l’Assemblée nationale la commission des Affaires étrangères ».
Dans l’entretien qu’il a accordé à RFI, le Président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française s’est exprimé sur la situation au Mali et ce qu’il a dit ne prête pas à l’optimisme pour la junte au pouvoir.
Extraits:
RFI: Le 25 avril dernier, le Mali a été frappé par une offensive conjointe des jihadistes du Jnim et des rebelles touaregs du FLA. La semaine dernière, à Nairobi, Emmanuel Macron a eu cette phrase : « Le départ des militaires français n’est sans doute pas la meilleure décision que les putschistes ont prise pour leur pays. » Est-ce à dire que la France se réjouit de l’échec militaire des Russes au nord du Mali ?
B.F: Les Sahéliens en général – la situation au Burkina Faso et au Niger n’est pas non plus extraordinaire en termes sécuritaires – s’aperçoivent finalement que d’avoir sorti et chassé le partenaire français, c’est contre-productif. Parce que la junte malienne, je pense, a quelques jours à vivre ou quelques semaines à vivre. Aujourd’hui, elle est en position de faiblesse par rapport au FLA et au Jnim. Et donc le régime au Mali va changer dans quelques semaines, quelques mois, c’est inéluctable. Pour les Maliens, ils ont le choix entre les jihadistes intégristes – pas pour tous, mais ils sont quand même aujourd’hui les plus forts – et les rebelles du FLA, d’un côté, et de l’autre la vie démocratique, les libertés publiques, la vie d’avant au Mali, qui sont en danger. La vie au Mali risque de changer. Bien sûr, le président n’a pas fait la conclusion que vous avez tirée, mais c’est un constat clair. Si les Français étaient restés… Certainement avec une meilleure gouvernance d’Ibrahim Boubacar Keïta, qui faisait défaut parce que son action politique était insuffisante. C’est peut-être l’une des erreurs de Barkhane que d’avoir fait reposer la réussite de l’opération militaire sur un pouvoir politique faible qui n’était pas capable d’assurer les accords d’Alger. C’est l’erreur principale. Mais aujourd’hui, le Mali, dans quelques mois, ne sera plus le Mali d’il y a cinq ou six ans.
RFI: Quel est, à votre avis, le scénario le plus probable dans les mois qui viennent au Mali ?
B.F: Il y a plusieurs scénarios, je vais en donner deux pour être rapide. Le premier : si la junte et le président Assimi Goïta sont raisonnables, ils ouvrent les négociations. Il y aurait une période de transition de trois à six mois avec l’un des militaires de la Transition – je ne vais pas donner de noms, mais qui ne serait pas Assimi Goïta –, qui va jusqu’aux élections avec une période électorale dans trois ou six mois. C’est là que la question se pose : dans la gouvernance, dans le travail commun, comment intégrer le Jnim ? Le FLA, c’est peut-être plus facile, mais il faudra intégrer le Jnim. Je pense que le Jnim est prêt à déposer les armes et à arrêter la lutte armée, à condition de participer à la vie politique du pays. Pas de prendre le contrôle du Mali, mais de participer à la vie politique. La question qui va se poser pour nous, Européens ou Français, que fait-on ? Supporte-t-on cette transition dans laquelle le Jnim a un rôle politique ou on ne la supporte pas ? Je n’ai pas la réponse, mais c’est un vrai problème de conscience et un vrai problème politique. Deuxième scénario : la junte veut résister absolument, ne discute pas et, à un moment ou un autre, se retrouve en position de faiblesse. Les Russes sont en train de négocier leur départ, contrairement à ce qu’ils disent, mais des éléments montrent qu’il y a là les conditions des leur départ. Là, à un moment, la junte tombera. Si ce n’est pas négocié, ce sera certainement pire que s’il y avait eu une négociation. Après, pour prendre des exemples, on peut être dans un schéma à la mauritanienne, c’est-à-dire un régime religieux, un schéma nigérian, c’est-à-dire un État fédéral au Mali dans lequel quelques États ou un État appliquent la charia – c’est le cas au Nigeria – et d’autres non. Donc un État fédéral finalement, avec des régimes différents, qui garantit la représentativité et le rôle de chacune des communautés dans la vie du pays, la vie politique du pays, comme au Nigeria par exemple. C’est un schéma. Et après il y a le schéma ultime qui est celui de l’Afghanistan. Je ne souhaite pas qu’on puisse avoir un Afghanistan en plein cœur du Sahel, parce qu’après cela aura des conséquences sur toute la zone. Vous avez les pays du Sahel, mais vous avez la Guinée, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo. Cela devient compliqué.
RFI: Vous avez des éléments qui vous indiquent que les Russes sont sur le départ de Bamako ?
B.F: Ils négocient. Ils ont replié leurs positions. Il y a des négociations actuellement – après, tout dépend du Jnim, tout dépend de la junte – à la faveur desquelles ils seraient prêts à rentrer, moyennant quand même un certain nombre de garanties sur les actifs qu’ils exploitent aujourd’hui au Mali. Les mines d’or, par exemple, pour lesquelles ils n’ont pas très envie de se sentir spoliés, même si leur légitimité à les exploiter, à mon avis, est assez discutable.
Hakim Ghali










