L’actualité est marquée par une parfaite illustration pour le Maroc, dont l’image (soigneusement entretenue à coups de lobbying et de diplomatie de l’enveloppe) se lézarde de toutes parts, simultanément et sur tous les fronts.
Le tableau marocain ne s’assombrit pas qu’au dehors. À l’intérieur, au sommet de l’État marocain, le livre « Fin de règne » du journaliste Omar Brouksy lève un coin du voile sur un palais royal travaillé par la maladie et les ambitions. Mohammed VI, affaibli, délègue sans abdiquer, pendant que ses courtisans s’affrontent en coulisses pour se placer avant l’inévitable transition vers le prince Moulay Hassan. Dans ce tableau d’un pouvoir à bout de souffle, l’hypothèse d’un espionnage du téléphone d’Emmanuel Macron sur ordre royal vient rappeler que la paranoïa et la brutalité n’ont jamais été absentes de la gouvernance pathologique du Makhzen.
Le royaume est aussi devenu une plaque tournante avérée du crime organisé international. Blanchiment d’argent à grande échelle (plus d’un milliard d’euros lessivés en une décennie via 2 000 sociétés écrans), arrestations en série de fugitifs recherchés par Interpol, réseaux de fraude fiscale remontant jusqu’aux côtes atlantiques : le portrait est accablant.
Sur le dossier du Sahara occidental, les revers s’accumulent avec une régularité implacable. Le Conseil de sécurité de l’ONU a réaffirmé à l’unanimité que seul le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui constitue une base acceptable pour résoudre le conflit, écartant sans ambiguïté le plan d’autonomie marocain. Des voix influentes aux États-Unis, comme celle de l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton, appellent Washington à revenir à sa position de 1991 en faveur d’un référendum, rappelant que le Maroc avait lui-même accepté cette option lors des accords de Houston de 1997 avant de faire volte-face. Sur le front juridique, des décisions européennes remettent en cause la légalité des accords de pêche dans les eaux sahraouies, tandis que la résistance sahraouie, portée par des actions judiciaires et des mobilisations culturelles comme le festival FiSahara, s’appuie méthodiquement sur le droit international pour contester l’occupation.
Et comme si cela ne suffisait pas, le football vient d’ajouter une couche supplémentaire au malaise. Deux mois après la Coupe d’Afrique des Nations 2025, une décision de la CAF attribuant le titre au Maroc sur tapis vert (au détriment du Sénégal, pourtant vainqueur sur le terrain après prolongation) a provoqué une onde de choc à travers le continent.
La déroute est totale
Que l’on valide ou non les tenants juridiques de cette décision, le symbole est dévastateur : le Maroc, incapable de s’imposer dans les règles du jeu, obtient par les couloirs ce qu’il ne parvient pas à décrocher sur le pré. Une métaphore, somme toute, de sa diplomatie.
Sur la scène africaine, le Makhzen a encaissé des coups qui font mal. Au Parlement panafricain de Midrand, la déroute a été totale : le candidat marocain à la présidence du PAP n’a récolté que quatre misérables voix face au sénateur algérien Fateh Boutbig, plébiscité par 118 parlementaires sur 184. Pire encore, le représentant sahraoui a soufflé le poste de rapporteur au nez de la délégation marocaine, humiliation suprême pour un royaume qui refuse officiellement de reconnaître l’existence même de la RASD.
L’Algérie, elle, construit. La tenue quasi-simultanée de la récente Conférence internationale sur les crimes coloniaux et de la 12e Conférence d’Oran sur la paix et la sécurité (toutes deux mandatées formellement par l’Union africaine) a consacré Alger comme acteur incontournable du continent. Là où le Maroc improvise des contre-feux sans légitimité institutionnelle, l’Algérie s’inscrit dans le marbre des résolutions et des mécanismes collectifs. Le fossé entre les deux diplomaties n’est plus seulement visible, il est désormais abyssal.
Tout cela dessine le portrait d’un royaume qui court après sa propre image sans parvenir à en maîtriser la narration. La diplomatie marocaine gesticule là où elle devrait peser, le royaume attire les criminels là où il devrait rayonner, le palais intrigue là où il devrait gouverner, et le ballon est récupéré par les juristes là où les footballeurs ont échoué. Les façades, si longtemps entretenues, commencent décidément à montrer de profondes fissures et cette fois, le crépi s’effondre sur tous les fronts à la fois.










