La chronique de Ouassim Mehadi

Le ciel s’éclaircit enfin entre Alger et Madrid, et ce sont les capitaines d’industrie qui tiennent la boussole. Au cœur de la capitale espagnole, la signature d’un mémorandum d’entente entre le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) et la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE) a marqué bien plus qu’un simple accord commercial. C’est le signal d’un grand dégel, le passage d’une diplomatie de l’attente à une diplomatie de l’action.

Pendant que les chancelleries retrouvent leurs marques après une période de turbulences, Kamel Moula et Antonio Garamendi se sont imposés comme des « diplomates de l’économie ». Leur pragmatisme rappelle une vérité fondamentale : l’économie est le ciment le plus solide des relations internationales. En choisissant la voie de la « co-production », les deux organisations patronales ne se contentent pas de relancer les échanges ; elles inventent un modèle de partenariat pour la rive sud de la Méditerranée.

L’histoire économique des deux nations s’est longtemps écrite en bleu, celui des flammes du gaz naturel. L’Algérie, via le gazoduc Medgaz, est restée le partenaire énergétique indéfectible de l’Espagne, même au plus fort de la crise politique. Avant 2022, les échanges commerciaux culminaient entre 7 et 9 milliards d’euros. Si les flux hors hydrocarbures ont subi un coup de frein brutal ces dernières années, l’interdépendance vitale n’a jamais été rompue.

Aujourd’hui, l’enjeu est de dépasser ce statut de simple fournisseur et de client. L’approche novatrice portée par le CREA propose un basculement de paradigme. L’idée est simple mais puissante : utiliser l’avantage comparatif majeur de l’Algérie (une énergie abondante, stable et compétitive) pour accueillir les premières étapes de transformation industrielle. Pour les entreprises espagnoles, souvent pénalisées par l’explosion des coûts énergétiques en Europe, l’Algérie offre un relais de compétitivité inespéré. En installant leurs segments de production énergivores en Algérie sans pour autant délocaliser leurs bases finales, les industriels ibériques sécurisent leurs marges tout en s’intégrant dans une chaîne de valeur commune.

L’industrie comme horizon                                                                                       Mais un mémorandum, aussi ambitieux soit-il, ne crée pas d’emplois par sa seule signature. Le véritable défi commence maintenant : transformer l’encre en usines, et les intentions en projets concrets. La mise en place d’une « feuille de route exécutive » et de groupes de travail spécialisés témoigne d’une volonté de rompre avec les effets d’annonce. Le CREA se positionne ici comme un facilitateur stratégique, prêt à accompagner les investisseurs espagnols pour lever les barrières bureaucratiques et tirer profit de la nouvelle loi algérienne sur l’investissement.

Le terrain est déjà fertile. Historiquement, environ 600 entreprises espagnoles opéraient en Algérie, du BTP à l’agroalimentaire, en passant par la gestion de l’eau. Ce capital de confiance doit être le levier d’un transfert technologique massif. L’avenir de ce partenariat se jouera dans les secteurs à forte valeur ajoutée : l’hydrogène vert, le dessalement de l’eau de mer et la numérisation des processus industriels. C’est là que se niche le potentiel de croissance pour les PME algériennes, avides de savoir-faire et d’intégration aux standards mondiaux.

Le symbole ultime de ce renouveau sera sans doute la Foire internationale d’Alger (FIA) prévue en juin prochain. En y accueillant l’Espagne comme invitée d’honneur, l’Algérie adresse un message clair à l’ensemble du bassin méditerranéen : le temps des malentendus est révolu, celui de la co-construction a commencé.

Ce partenariat « gagnant-gagnant » ne se limite pas à une addition de chiffres d’affaires. C’est une vision géopolitique qui prend corps : celle d’une Algérie hub industriel et d’une Espagne porte d’entrée européenne, liées par un lien productif indéfectible. En privilégiant la complémentarité plutôt que la concurrence, Alger et Madrid prouvent que lorsque le business prend le relais de la politique, c’est toute la région qui y gagne en stabilité et en prospérité. La route est tracée, il ne reste plus qu’à bâtir.

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