La chronique de Ouassim Mehadi

Dans le grand théâtre des tensions internationales, il est des silences plus assourdissants que les explosions. Aujourd’hui, alors que les bruits de bottes résonnent avec une intensité croissante que charrie cette guerre contre l’Iran, un scénario hante le monde sans jamais vraiment occuper le devant de la scène médiatique : celui de l’embrasement nucléaire régional. Non pas nécessairement par l’usage volontaire d’une ogive, mais par une réaction en chaîne, à la fois géopolitique, militaire et environnementale, que plus personne ne saurait arrêter. Imaginons le « jour d’après ». Demain, l’entité sioniste, décide de frapper les sites névralgiques du programme nucléaire iranien. À Natanz ou Fordow, le béton cède sous les bombes antibunker. La réponse de Téhéran est immédiate, asymétrique et totale. Ce n’est plus une escarmouche, c’est un déluge. Des milliers de missiles pleuvent, le Hezbollah libanais s’engouffre dans la brèche, les Houthis ferment les détroits. Le Moyen-Orient ne brûle plus, il s’embrase.

C’est ici qu’une question glaciale surgit : le Pakistan restera-t-il les bras croisés ? Islamabad, seule puissance atomique du monde musulman, ne regarde pas l’Iran comme un simple voisin turbulent. Pour les militaires pakistanais, l’Iran est une pièce maîtresse de l’équilibre entre mondes sunnite et chiite, un verrou stratégique face à l’influence indienne. Si le sanctuaire iranien est violé, la tentation d’un « parapluie nucléaire » solidaire pourrait transformer un conflit bilatéral en une crise atomique mondiale.

Peut-on réellement bombarder un pays doté d’une capacité nucléaire avancée sans déclencher l’irréparable ? L’illusion de la « frappe chirurgicale » est un mythe dangereux. Car si l’atome iranien n’est peut-être pas encore une bombe, la guerre pourrait être le catalyseur final de sa fabrication. En frappant conventionnellement un État acculé, on lui offre le plus puissant des arguments pour quitter le Traité de non-prolifération (TNP). La logique est d’une ironie tragique : pour empêcher l’émergence d’une bombe, on risque de provoquer exactement ce qu’on voulait éviter : un Iran qui, par réflexe de survie, assemble l’arme en urgence dans des bunkers profonds, rendant la région définitivement instable.

Mais il existe un danger plus silencieux, plus insidieux encore, que les stratèges semblent négliger : le risque radiologique civil. Nul besoin d’une ogive nucléaire pour vivre une apocalypse atomique. Il suffit de frapper des installations comme la centrale de Bouchehr. Souvenez-vous de Tchernobyl, souvenez-vous de Fukushima. Un réacteur endommagé, c’est un panache radioactif qui ne connaît pas de frontières.

Porté par les vents du Golfe, ce nuage menacerait non seulement l’Iran, mais aussi l’Irak, le Koweït, l’Arabie saoudite et les Émirats. Imaginez les usines de dessalement d’eau de mer, vitales pour la survie de millions de personnes dans le Golfe, contaminées par des particules radioactives. Les récoltes irradiées du Croissant fertile, des millions de réfugiés fuyant des zones devenues invivables pour des décennies… L’Iran n’a pas besoin de faire exploser une bombe pour que la guerre nous expose aux radiations. En frappant ce qu’on désigne comme « le mal », on peut engendrer un désastre écologique et sanitaire sans précédent.

Le risque nucléaire au Moyen-Orient n’est pas qu’une affaire de têtes nucléaires et de silos de lancement. Il est industriel, sanitaire, migratoire. Il est systémique. Dans cette course à l’abîme, l’idée qu’on puisse « neutraliser » le danger par la force est une chimère. L’atome, que l’on disait être l’outil de la paix par la dissuasion, devient ici l’allumeur d’un incendie que personne n’est prêt à éteindre. On dit souvent que l’atome protège la paix par la peur. Mais au Moyen-Orient, quand on commence à jouer avec le feu nucléaire, la guerre elle-même devient le détonateur d’un futur radioactif. Les civils, de Riyad à Téhéran en passant par Bagdad, paieront le prix de cette menace : celle de croire qu’une guerre moderne peut rester confinée dans les limites d’un champ de bataille, alors qu’elle menace la survie biologique de toute une région. Il est temps de comprendre que dans cette partie d’échecs macabre, le premier coup porté pourrait bien être le dernier pour tout le monde.

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