La chronique de Ouassim Mehadi

Le monde assiste, impuissant, à une recomposition brutale de sa géographie énergétique. Alors que les bruits de bottes et les détonations de la guerre contre l’Iran s’intensifient, une onde de choc sans précédent traverse les marchés mondiaux du gaz. Dans ce Golfe Persique qui s’embrase, les routes maritimes se ferment et les incertitudes s’accumulent, provoquant une explosion vertigineuse des prix. Pourtant, au milieu de ce chaos géopolitique, un pôle de stabilité émerge sur la rive sud de la Méditerranée : l’Algérie. Longtemps perçue comme un partenaire traditionnel, l’Algérie s’impose aujourd’hui comme le véritable centre de gravité de la sécurité énergétique européenne. Ce n’est plus seulement une question de commerce, c’est une question de survie pour des nations comme l’Italie et l’Espagne. En sollicitant Alger pour garantir leurs approvisionnements, Rome et Madrid ne cherchent pas seulement des molécules de gaz ; elles cherchent une « assurance-vie ».

Le contraste est saisissant. D’un côté, une instabilité chronique au Moyen-Orient qui fragilise les flux mondiaux ; de l’autre, la « fiabilité contractuelle » érigée en dogme par l’Algérie. Ce message de sérénité a été le cœur battant du 8e Symposium de l’Association Algérienne de l’Industrie du Gaz (AIG), qui s’est ouvert ce lundi à Oran. Sous le haut patronage de Noureddine Daoudi, PDG de Sonatrach et président de l’AIG, le sommet d’Oran a résonné comme une démonstration de force et de vision. Pour les analystes, le conflit iranien a redessiné la carte mondiale. L’Algérie n’est plus un acteur parmi d’autres ; elle est devenue le pivot incontournable. Mais cette influence nouvelle ne repose pas uniquement sur la géographie. Elle s’appuie sur une puissance industrielle que Sonatrach entend « muscler » davantage. Face à une demande européenne qui ne peut plus se permettre d’attendre, Alger répond par une stratégie de montée en puissance offensive.

Comme l’a souligné Noureddine Daoudi à l’ouverture du symposium, l’objectif est clair : consolider la position de fournisseur fiable par une modernisation massive des infrastructures et un élargissement des partenariats internationaux. Pour Sonatrach, il s’agit de transformer la manne financière actuelle, générée par la flambée des cours, en un levier d’investissement structurel. En d’autres termes : convertir la rente de crise en un outil de domination industrielle durable.

Le double pari d’Alger                                                                                                 Le thème de cette 8e édition, « Gaz naturel et hydrogène : l’innovation pour une industrie durable et résiliente », en dit long sur l’ambition nationale. L’Algérie voit déjà au-delà de la guerre actuelle. Si l’urgence est d’éteindre l’incendie des approvisionnements immédiats, la vision d’Alger embrasse déjà le « coup d’après ». Le pari est double : gaz naturel pour la sécurité d’aujourd’hui, hydrogène vert pour la souveraineté de demain. Le PDG de Sonatrach a été formel : la transition énergétique n’est plus une option, mais un défi incontournable pour rester un leader. En misant sur l’innovation, l’Algérie prépare sa mue. L’idée est de répondre aux attentes d’un marché mondial en pleine mutation, qui cherche désespérément à se décarboner tout en restant dépendant de partenaires stables. Cette nouvelle stature internationale place l’Algérie dans une position de force inédite. En développant ses capacités de production et en optimisant ses réseaux de transport, elle ne se contente pas de remplir les réservoirs européens ; elle dicte le rythme de la résilience régionale.

Dans cette conjoncture énergétique de plus en plus mouvante, la voix de l’Algérie est celle de la raison industrielle. En modernisant ses infrastructures et en ouvrant son capital à des partenariats stratégiques de haute technologie, Sonatrach ne fait pas que vendre du gaz : elle exporte de la stabilité. Si la crise iranienne a révélé la fragilité des anciens modèles, elle a surtout mis en lumière la solidité du modèle algérien. Entre tradition gazière et futur hydrogène, l’Algérie a cessé d’être un simple réservoir pour devenir l’architecte de la sécurité énergétique d’un monde en quête de repères. À Oran, ce lundi, ce n’est pas seulement le gaz que l’on célébrait, mais l’émergence d’une puissance énergétique résolument ancrée dans le XXIe siècle.

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