La chronique de Ouassim Mehadi
En diplomatie, le calendrier agit souvent comme un baromètre implacable. Après une longue année de silence radio, ponctuée de crispations et de postures parisiennes stériles, le thermomètre des relations franco-algériennes semble enfin remonter. Ce lundi 16 mars, l’entretien téléphonique entre Ahmed Attaf, ministre d’État algérien des Affaires étrangères, et son homologue français, Jean-Noël Barrot, a acté la reprise d’un dialogue officiel de haut niveau. Un coup de fil qui rompt la glace d’une brouille tenace, (le précédent échange remontant au 3 avril 2025) et qui confirme une multiplication des signes d’apaisement entre les deux capitales. Officiellement, les deux chefs de la diplomatie ont passé en revue les « enjeux d’intérêt commun ». Au menu de cet échange : les perspectives bilatérales, l’épineux dossier du Sahara occidental, et l’instabilité chronique de l’espace sahélo-saharien. Mais ce qui a véritablement imposé ce retour à la table des discussions, c’est l’urgence d’un monde fragmenté. L’escalade au Moyen-Orient, les tensions autour de l’Iran et, plus particulièrement, la situation dramatique au Liban, qualifiée de « source de préoccupation partagée », ont rappelé une évidence : les défis sécuritaires exigent une coordination étroite entre les deux rives de la Méditerranée. Face à la tempête, la realpolitik a repris ses droits.
Pourtant, si Attaf et Barrot ont formalisé ce réchauffement, le signe de ce dégel n’est pas venu du Quai d’Orsay, mais de la Place Beauvau. Il y a un mois, la visite en Algérie de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur et des Cultes, avait déjà ouvert une brèche décisive dans le mur des crispations. Une dynamique confirmée de manière spectaculaire lors de la cinquième édition de « l’iftar des ambassadeurs » à la Grande Mosquée de Paris. Ce soir-là, Laurent Nuñez a opéré un tour d’accélération: transformer un événement cultuel en un puissant levier géopolitique. Enfilant avec aisance le costume de ministre des Affaires étrangères « bis » devant un parterre de diplomates, il a rappelé une donne incontournable.
Une simple éclaircie ? La relation franco-algérienne n’est pas qu’une affaire de frontières ou de visas ; elle est intimement et organiquement liée à la gestion de l’Islam de France. L’apaisement extérieur passe, de fait, par une conciliation intérieure. Ce discours parisien a surtout sonné le glas d’une ère. En vantant « les vertus du dialogue », Laurent Nuñez s’est offert un tacle appuyé à l’encontre de son prédécesseur, Bruno Retailleau. « La force du dialogue est bien plus puissante que tous les bras de fer », a-t-il lancé. Une phrase qui acte la mort de la « diplomatie de la tension » et du bras de fer provocateur qui caractérisait l’ère Retailleau. La « méthode Nuñez » se veut différente : « Elle mise sur la voie du dialogue et les mots qui apaisent », a-t-il souligné, fort du succès de son récent voyage à Alger.
La raison semble donc l’emporter. La volonté affichée par Paris de rouvrir un canal direct et apaisé est manifeste et assumée. Toutefois, l’histoire tumultueuse entre la France et l’Algérie, faite de cycles de crises aiguës et de rapprochements pragmatiques, incite à la prudence. Ce réchauffement, aussi bienvenu soit-il, ne doit pas faire illusion : la route de la réconciliation reste pavée d’obstacles. Les contentieux mémoriels, les dossiers économiques en suspens, sans oublier les divergences fondamentales sur la question du Sahara occidental, ne se dissiperont pas sur un simple coup de fil ou autour d’un repas de rupture du jeûne. La pérennité de ce dialogue renoué, encore profondément fragile, dépendra de la capacité de Paris à transformer ces déclarations d’intention en actes politiques tangibles. Aujourd’hui, le signal d’apaisement est donné. Mais la question demeure : cette séquence annonce-t-elle l’éclosion d’un printemps durable, ou n’est-elle qu’une brève éclaircie dans un ciel longtemps chargé de nuages noirs ? Une chose est sûre : face aux secousses du monde et les dossiers de coopération économique en attente n’ont pas le luxe de s’offrir un couple franco-algérien en crise permanente.










