La chronique de Ouassim Mehadi

La diplomatie ne s’écrit pas uniquement dans le feutré des chancelleries, sous les ors du Quai d’Orsay ou dans les bureaux des ministères. Parfois, elle se joue de manière bien plus subtile et symbolique, autour d’une table de rupture du jeûne. À l’heure où les relations entre l’Algérie et la France amorcent un net réchauffement, le véritable artisan de ce dégel ne porte pas le titre de chef de la diplomatie, mais celui de ministre de l’Intérieur et des Cultes.

En participant à la cinquième édition de « l’iftar des ambassadeurs » à la Grande Mosquée de Paris, Laurent Nuñez a transformé un événement d’apparence cultuelle et culturelle en un véritable levier diplomatique, confirmant une donne incontournable : la relation franco-algérienne est intimement et organiquement liée à la gestion de l’Islam de France. Le lieu choisi n’a évidemment rien d’anodin. Institution prestigieuse, historiquement et étroitement liée à l’Algérie, la Grande Mosquée de Paris offre la caisse de résonance parfaite pour consolider les acquis du récent déplacement de Laurent Nuñez à Alger en février dernier. Ce soir-là, devant un parterre de diplomates, le locataire de la Place Beauvau a enfilé avec aisance le costume de ministre des Affaires étrangères « bis ». En vantant « les vertus du dialogue » franco-algérien au milieu de ce partage fraternel, il démontre que l’apaisement extérieur passe indéniablement par une conciliation intérieure. Mais ce discours sonnait surtout l’heure d’une rupture politique spectaculaire.

C’est le point d’orgue de cette soirée : un tacle appuyé, direct, à l’encontre de son prédécesseur, Bruno Retailleau. En déclarant publiquement que « la force du dialogue est bien plus puissante que tous les bras de fer », Laurent Nuñez acte la fin d’une diplomatie de la tension. Le « bras de fer », marque de fabrique d’une ère Retailleau souvent conflictuelle et provocatrice, cède la place à la méthode Nuñez. « En définitive, ma manière d’être ministre des cultes ressemble à ma manière d’être ministre de l’intérieur. Elle mise toujours sur la voie du dialogue et les mots qui apaisent », a-t-il affirmé, précisant avoir mesuré l’efficacité de cette posture lors de son voyage en Algérie.

Une rupture avec Retailleau                                                                             Cependant, cet apaisement diplomatique ne saurait tenir sans une véritable volonté de réconciliation nationale. C’est ici que le changement de ton au sein du ministère de l’Intérieur devient radical. Après des années de débats politiques hystérisés, marqués par un discours sur l’Islam de France souvent excluant, Laurent Nuñez impose un nouveau cap. Il a tenu à exprimer sa « joie sincère » de participer à ce rassemblement, affirmant endosser sa charge de ministre des Cultes « sans réserves ni réticence ». Cette responsabilité, qui « l’honore », devient l’outil d’une réconciliation avec les citoyens de confession musulmane.

Le ministre a redessiné les contours de sa vision de la laïcité : un dialogue « avec toutes les religions, sans exceptions, sans distinctions, sans modération ». Sa « ligne de crête » est claire et se veut le nouveau mantra gouvernemental : faire preuve de la plus grande fermeté contre les fanatismes religieux, oui, mais « sans jamais tenir aucun discours ni aucune position qui blesse, qui brutalise ou qui stigmatise ».

Pour donner à ce virage politique toute sa densité, Laurent Nuñez s’est habilement appuyé sur l’Histoire. Cette édition de l’iftar revêtait en effet un caractère « doublement singulier », coïncidant avec l’année du centenaire de la Grande Mosquée de Paris, un joyau architectural inauguré en 1926. Cent ans plus tard, a rappelé le ministre, ce lieu demeure « un pont entre les cultures, un pont entre les générations, un pont entre la foi et la république ».

En rebâtissant ce pont, tourné à la fois vers les musulmans de France et vers l’Algérie, Laurent Nuñez clôt définitivement la parenthèse de la stigmatisation. Il prouve que la République doit encore savoir, quand elle s’en donn

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