La chronique de Ouassim Mehadi

En ce 8 mars 2026, il est impératif de dépasser la simple célébration rituelle pour poser un regard lucide sur la trajectoire nationale. Il fut un temps, pas si lointain, où les droits des femmes relevaient davantage de la promesse politique que de la réalité tangible. Ce temps est révolu. Ces dernières années, l’Algérie a opéré une mutation profonde, silencieuse mais réélle, transformant des aspirations sociales en articles de loi et la compétence en unique baromètre de l’ascension sociale. Le premier pilier de cette transformation est institutionnel. L’État algérien a fait le choix de ne plus traiter l’égalité comme une option, mais de la graver dans le marbre de sa hiérarchie des normes. La Constitution de 2020 a agi comme un véritable point de bascule, sanctuarisant les droits fondamentaux. L’article 40, notamment, a érigé un « bouclier constitutionnel », garantissant la protection de la femme contre toutes les formes de violence, qu’elles surviennent dans l’espace public, le cadre professionnel ou l’intimité du foyer.

Cet arsenal juridique s’est considérablement durci via le Code Pénal. La tolérance sociale envers les abus s’est effacée devant la rigueur de la loi : le harcèlement de rue et le harcèlement au travail sont désormais sévèrement punis. Plus significatif encore, le législateur a pénétré la sphère économique privée en criminalisant l’empêchement. Aujourd’hui, quiconque, tente d’interdire à une femme de disposer de ses biens ou d’exercer un emploi s’expose à la justice. L’autonomie financière n’est plus une faveur, c’est un droit inaliénable protégé par la puissance publique. Mais la question de la femme dépasse le cadre législatif ; elle s’impose par la réalité du terrain. Pendant que les débats théoriques occupent parfois l’espace médiatique, une vérité s’impose par les chiffres : les Algériennes ont réalisé des progrès fulgurants par le savoir. C’est la victoire de la compétence. Avec plus de 60 % des diplômés universitaires, les femmes sont devenues la force motrice de l’économie du savoir. Elles dominent non seulement les filières d’excellence classiques comme la médecine et la pharmacie, mais elles investissent massivement les sciences, la technologie et l’ingénierie (STEM), plaçant l’Algérie en excellente position mondiale sur ce ratio critique pour le développement.

Conquête économique                                                                                                 Cette excellence académique se traduit par une conquête économique. L’entrepreneuriat féminin a explosé, porté par des dispositifs comme l’ANADE, voyant émerger une génération de femmes chefs d’entreprise et porteuses de startups innovantes. Même les bastions jadis masculins sont tombés : au sein de l’Armée Nationale Populaire, de la Police et de la Gendarmerie, les femmes ne font plus de la figuration. Elles montent en grade et accèdent aux commandements, prouvant que le patriotisme et la rigueur n’ont pas de genre.

Enfin, cette dynamique culmine dans la sphère de la gouvernance. L’Algérie a définitivement tourné la page des « quotas » alibis pour entrer dans l’ère de la responsabilité partagée. Être électrice ne suffit plus ; les femmes sont désormais au cœur du réacteur décisionnel. L’article 35 de la Constitution engage l’État à promouvoir la parité sur le marché de l’emploi et dans les responsabilités institutionnelles. Le résultat est visible : les femmes occupent désormais régulièrement des ministères régaliens et techniques, loin des traditionnels portefeuilles de la « Solidarité ». Le constat est encore plus frappant au sein du pouvoir judiciaire : près de la moitié du corps des magistrats en Algérie est constitué de femmes, une exception notable et une fierté dans le monde arabo-musulman. Des tribunaux aux chancelleries, avec la nomination accrue d’ambassadrices dans les grandes capitales, la féminisation des centres de décision est une réalité irréversible. L’Algérie d’aujourd’hui ne se contente plus de protéger la femme ; elle lui donne les clés de la Cité, non par galanterie, mais par nécessité et par mérite.

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