La chronique de Ouassim Mehadi

L’agression de l’Iran par les États-Unis et l’entité sioniste provoque des impacts bouleversants sur l’économie mondiale en réunissant « tous les ingrédients d’une stagflation ».

Le mécanisme de transmission est bien connu des économistes : le choc énergétique. Avec l’escalade des tensions, le baril de pétrole a déjà franchi la barre des 80 dollars et va se poursuivre, touchant même les 85 dollars en séance, un niveau inédit depuis dix-huit mois. Mais le véritable seuil d’alerte se situe ailleurs. Le détroit d’Ormuz, par où transite 20 % de la consommation mondiale de pétrole, est devenu l’épicentre des risques. Une fermeture prolongée de cette artère vitale, même partielle, agirait comme un puissant vecteur de contagion.

Pour l’instant, les modèles des grandes institutions financières tablent sur un scénario pessimiste d’escalade longue telle qu’avouée par Trump. Les experts estiment qu’une hausse des prix du baril, pénaliserait la croissance mondiale tout en ajoutant des points à l’inflation. De l’« ingérable », en somme. Les économistes anticipent un ralentissement prolongé, à mesure que le conflit s’éternise.

Le problème, c’est que l’économie mondiale fonctionne désormais avec des fusibles fragilisés. Les économistes mettent en garde contre un effet de seuil. Si la guerre contre l’Iran devait durer plus de quatre à six semaines, le « point de basculement » serait rapidement atteint. Les réserves européennes de gaz, difficilement reconstituées après la crise ukrainienne, s’épuiseraient. Les routes maritimes, déjà perturbées en mer Rouge, deviendraient impraticables, allongeant les délais et faisant exploser les coûts de fret et les primes d’assurance.

Dans ce scénario noir pour l’Europe, le baril pourrait s’envoler vers les 100 dollars, voire plus. Les économistes ont chiffré l’impact : une telle flambée se traduirait par une hausse des prix dans la zone euro, couplée à une perte de PIB. L’inflation ferait un retour en force, forçant les banques centrales occidentales à maintenir une politique monétaire restrictive, ce qui achèverait d’étouffer la croissance.

Quel impact sur l’Algérie ?                                                                                     Dans ce grand chamboulement, qu’en est-il de l’Algérie ? À première vue, le pays semble faire figure de gagnant. En tant qu’exportateur majeur de gaz naturel vers une Europe affamée d’énergie, Alger profite mécaniquement de la flambée des cours. La hausse des prix de l’énergie est une manne financière bienvenue qui pourrait renflouer les réserves de change et financer les investissements pour la diversification économique. C’est une opportunité indéniable pour consolider sa position de fournisseur énergétique stable et fiable sur le marché européen.

L’économie algérienne commence à sortir de la dépendance des importations pour ses besoins alimentaires et industriels. La dégradation de la conjoncture mondiale agit comme un boomerang. L’Algérie agit aussi sur un autre front pour amortir le choc extérieur de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires sur les marchés internationaux qui se traduira inexorablement par la lutte contre l’inflation importée, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages. Surtout, la perturbation des routes maritimes mondiales (80 % du commerce transite par les océans) menace ses propres chaînes d’approvisionnement. Si les armateurs évitent la zone, les délais s’allongent et les coûts du fret grimpent, rendant plus chers et plus rares les biens nécessaires à son économie.

Pour l’Algérie, comme pour le reste du monde, l’équation est la même : une guerre longue au Moyen-Orient n’aurait que des complications. Si les recettes pétrolières et gazières offrent un coussin à court terme, la déstabilisation du commerce mondial et le retour de l’inflation mondiale sont des pesanteurs bien trop lourdes pour que quiconque puisse se réjouir de voir le baril flamber.

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