La chronique de Ouassim Mehadi
Entre Alger et Pékin, l’heure n’est plus aux simples échanges commerciaux où l’un vend et l’autre achète. Nous sommes entrés, avec une vigueur renouvelée, dans l’ère de la co-construction et de la transformation structurelle. Le partenariat économique algéro-chinois, scellé par l’amitié historique et revitalisé par l’adhésion de l’Algérie à l’initiative « la Ceinture et la Route », a pris une ampleur multisectorielle vertigineuse. Il ne s’agit plus de construire des édifices, mais de bâtir une économie. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un regard sur la carte des grands chantiers qui redessinent la géographie industrielle du pays. Ce partenariat a dépassé le stade des promesses pour s’ancrer dans le béton et l’acier. Des projets titanesques sont soit concrétisés, soit en phase d’accélération. Citons le mégaprojet de Gara Djebilet, ce géant dormant du minerai de fer réveillé avec l’aide d’un consortium chinois, qui promet de sécuriser l’approvisionnement de notre sidérurgie nationale. Évoquons le projet intégré de phosphate à l’Est (Tébessa-Souk Ahras-Skikda-Annaba), fruit d’un accord avec les groupes Wengfu et CITIC, qui placera l’Algérie parmi les leaders mondiaux des engrais. N’oublions pas le port centre d’El Hamdania à Cherchell, clé de voûte logistique programmée pour faire de notre littoral la porte d’entrée de l’Afrique, ni le développement du réseau ferroviaire vers le grand Sud, colonne vertébrale de cette nouvelle économie.
Cependant, au milieu de ces géants, un projet récent vient incarner, avec une précision chirurgicale, la nouvelle philosophie économique de l’Algérie. Il s’agit de l’investissement porté par le groupe chinois Jingdong Steel, situé dans la zone industrielle de Draa El Hadja, dans la wilaya de M’sila. Ce projet est, à bien des égards, un cas d’école qui mérite que l’on s’y attarde, tant il cristallise les ambitions de la « Nouvelle Algérie ». Sur le terrain, le chantier est colossal et les chiffres, éloquents, parlent d’eux-mêmes : 500 millions de dollars d’investissement, 1 114 emplois directs à la clé, et un taux d’avancement qui frôle déjà les 60 %. La rapidité d’exécution valide d’abord, de manière éclatante, la pertinence des réformes engagées par l’État pour assainir le climat des affaires. La bureaucratie recule, les grues avancent.
Les jalons d’une industrie lourde Mais au-delà de la prouesse logistique, c’est la philosophie même de ce complexe sidérurgique qui force le respect. Avec une capacité installée de 500 000 tonnes de tôles et tubes en acier par an, dont la moitié est contractuellement dédiée à l’exportation, Jingdong Steel ne vient pas simplement concurrencer le marché local. Elle inscrit l’Algérie dans une dynamique de hub régional. Pendant des décennies, nous avons exporté des hydrocarbures bruts pour importer de l’acier transformé. Désormais, nous posons les jalons d’une industrie lourde capable de capter la valeur ajoutée sur notre sol et de s’imposer sur les marchés internationaux. Chaque tube qui sortira demain de Draa El Hadja pour être expédié à l’étranger sera un ambassadeur de la résilience industrielle algérienne. Le détail le plus frappant, celui qui marque une rupture définitive avec les investissements étrangers d’antan, reste l’intégration locale. L’engagement du partenaire chinois d’utiliser 80 % de matières premières produites en Algérie (notamment le minerai issu de nos propres gisements) est une petite révolution. C’est la fin du modèle de l’usine « tournevis » qui se contentait d’assembler des pièces importées en drainant nos devises. Ici, on mise sur le contenu local, on dynamise en amont les mines et les fournisseurs nationaux. C’est un cercle vertueux qui se met en place, créant un écosystème industriel dense et interconnecté.
Enfin, saluons la clairvoyance des promoteurs d’avoir intégré au projet un centre de formation dédié au transfert de technologie. Parce qu’une usine, aussi moderne soit-elle, sans les compétences pour la faire fonctionner, n’est qu’un amas de tôle sans âme. Ce centre est le garant de la pérennité du projet. Il formera la prochaine génération d’ingénieurs et de techniciens algériens, ceux qui, demain, non seulement feront tourner cette usine, mais innoveront et créeront les industries du futur. Le projet de Jingdong Steel à Draa El Hadja est une excellente nouvelle qui dépasse le cadre de la wilaya de M’sila. Il nous rappelle que lorsque la volonté politique rencontre un partenaire solide, lorsque les réformes théoriques rencontrent la réalité du terrain, l’Algérie peut redevenir un chantier gigantesque et productif. Il ne s’agit plus seulement de construire des usines, mais de construire une économie souveraine, diversifiée et prospère. Le cap est donné ; il nous appartient désormais de le maintenir avec rigueur et ambition.










