La chronique de Ouassim Mehadi
En diplomatie, l’absence d’un ambassadeur est souvent synonyme de flottement, voire de glaciation des relations. Or, c’est un scénario diamétralement opposé qui se joue actuellement sur l’axe Alger-Washington. Depuis le départ de l’ambassadrice Elizabeth Moore Aubin, le 16 janvier dernier, emportée par la vague de rappels « standard » de l’administration Trump, le poste de chef de mission à Alger est momentanément occupé par un chargé d’affaires intérimaire. Durant cette période de vacance officielle à l’ambassade des États-Unis, le ballet diplomatique entre les deux capitales a atteint une intensité inédite. Ceci révèle une vérité fondamentale : la relation algéro-américaine est désormais institutionnalisée. Elle a dépassé le stade des affinités personnelles pour s’ancrer dans le dur de la géopolitique.
La visite à Alger de Massad Boulos, haut conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines, survenue le 28 janvier, soit à peine douze jours après le départ de Mme Aubin, en est la preuve éclatante. En s’entretenant avec le président Abdelmadjid Tebboune et les ministres d’État Ahmed Attaf et Mohamed Arkab, l’émissaire de la Maison-Blanche a démontré que Washington a évoqué les dossiers cruciaux. Il est indéniable qu’un changement de paradigme s’opère. Le style d’Elizabeth Moore Aubin, fait d’empathie, de présence sur le terrain et de construction de ponts culturels, appartient à une séquence révolue. L’ère Trump annonce une diplomatie purement transactionnelle. L’approche « America First » ne s’embarrassera sans doute pas de nuances culturelles, préférant la froideur des tableaux Excel et des balances commerciales.
Ce pragmatisme pourrait bien accélérer une dynamique déjà enclenchée. Car au-delà des locataires de la Maison-Blanche, qu’ils soient démocrates ou républicains, la relation est aujourd’hui guidée par intérêts mutuellement bénéfiques et vitaux qui constituent un socle inébranlable : la sécurité et l’énergie.
Sur le plan sécuritaire, la coopération est un impératif qui transcende les alternances politiques. La récente visite du général Michael Langley, commandant de l’AFRICOM, et la signature d’un protocole d’accord militaire, rappellent que l’Algérie demeure le pivot de la stabilité en Afrique du Nord et au Sahel. Donald Trump lui-même, dans son message du 5 juillet dernier adressé au président Tebboune, liait explicitement la « lutte contre le terrorisme » à la « sécurisation des frontières » et aux « relations économiques ». Pour le président américain, la sécurité est le prérequis du business.
Un socle imperméable aux aléas politiques C’est justement sur ce terrain économique que la convergence est la plus forte. Avec plus de 100 entreprises américaines activant déjà en Algérie, le « socle réel » de la relation est imperméable aux aléas politiques. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, ne s’y est pas trompé en qualifiant récemment les relations de « grandissantes » avec les géants Exxon Mobil et Chevron. Ces partenariats avec la Sonatrach, visant à augmenter les capacités de production pétrolière, sont le langage que l’administration Trump comprend le mieux : celui des contrats secs, de l’accès aux ressources et de la création de valeur.
En somme, l’absence momentanée d’un ambassadeur titulaire à Alger n’est qu’un détail administratif face à la puissance des intérêts engagés. Le successeur de Mme Aubin sera vraisemblablement un profil « transactionnel », mandaté pour transformer ces convergences sécuritaires et énergétiques en bénéfices mutuels. La question n’est plus de savoir si la relation va survivre au changement d’administration, mais à quelle vitesse l’approche « business » de Donald Trump va booster une machine de coopération qui tourne déjà à plein régime. Comme l’écrivait le président américain en juillet, l’objectif est de tracer « un avenir encore plus rayonnant ». Un avenir qui, visiblement, se négocie désormais directement, d’État à État, sans attendre le protocole.










