La chronique que Ouassim Mehadi
La visite d’État à Alger du président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, consacre le retour de la realpolitik dans une région du Sahel où l’Algérie est un pivot incontournable de la stabilité. En accueillant le président nigérien, le président Abdelmadjid Tebboune ne se contente pas de renouer le fil diplomatique, il réaffirme la position stratégique de l’Algérie comme acteur central de l’équilibre régional.
Après l’échange des ambassadeurs jeudi dernier, ce sommet place Alger au cœur de l’équation sécuritaire sahélienne. L’aspect économique est le vrai ciment de la réconciliation dans cette région. Car c’est bien l’économie qui scelle ce rapprochement. L’Algérie déploie une initiative fraternelle tous azimuts pour sécuriser son flanc sud : Au Niger, le ministre de l’Énergie Mohamed Arkab a préparé le terrain dès janvier, avec deux priorités stratégiques : la reprise de l’exploration pétrolière par Sonatrach dans le nord du pays et la relance du projet pharaonique du gazoduc transsaharien.
Au Burkina Faso, le ballet ministériel des 12 et 13 février a abouti à un protocole d’accord majeur. Les PDG de Sonatrach et de Naftal, envoyés en première ligne, négocient désormais un partenariat couvrant électricité, hydrocarbures et mines. Cette initiative diplomatique mutuellement bénéfique révèle une stratégie cohérente : l’Algérie ne se contente plus de proposer une coordination sécuritaire. Elle offre un « package » complet incluant formation et transfert de savoir-faire à ses voisins du Sahel. En répondant concrètement aux besoins urgents en électricité et en carburant du Burkina et du Niger, Alger se positionne en partenaire fiable, loin des turbulences géopolitiques des puissances occidentales.
La visite symbolique de la délégation algérienne au mémorial Thomas Sankara parachève cette approche : l’Algérie s’inscrit dans la lignée des luttes pour la souveraineté africaine.
Ce repositionnement stratégique intervient dans un contexte où le Sahel fait face à une multiplication des menaces terroristes et à un vide laissé par le désengagement de certaines puissances traditionnelles. L’Algérie, forte de son expérience dans la lutte antiterroriste et de sa connaissance fine des réalités sahéliennes, apparaît aujourd’hui comme le seul acteur capable d’offrir à la fois une réponse sécuritaire et un développement économique durable à ses voisins du Sud.
Les frontières poreuses entre le Niger, le Mali et l’Algérie imposent d’ailleurs une coordination étroite, sous peine de voir l’instabilité gagner du terrain. Alger l’a bien compris : la sécurisation de son propre territoire passe inévitablement par la stabilité de tout le Sahel.
Entre Alger, Niamey et Ouagadougou, la raison d’État a fini par l’emporter sur les malentendus. L’année 2026 s’annonce comme celle de la consolidation d’un axe sahélo-maghrébin où l’Algérie assume pleinement son rôle de pivot. Le gaz, le pétrole et l’électricité y seront les meilleurs garants de la stabilité politique, consacrant le leadership algérien dans la région. Ce nouveau paragraphe ancre davantage l’Algérie dans son rôle de rempart sécuritaire et justifie son implication par l’interdépendance des destins entre le Maghreb et le Sahel.










