La chronique de Ouassim Mehadi
Il est des silences qui valent des complicités et des prises de parole qui agissent comme des déflagrations. En visite à Alger, mercredi 28 janvier, Ségolène Royal n’a pas seulement porté sa casquette de présidente de l’association France-Algérie ; elle s’est érigée en témoin à charge contre une dérive médiatique qu’elle juge « inadmissible ». En brisant le sceau de la confidence sur les coulisses de l’émission « Complément d’enquête » diffusée le 22 janvier dernier sur France 2, l’ancienne candidate à l’Élysée a mis à nu les mécanismes d’une attaque nauséabonde qu’elle qualifie d’« injurieuse » contre l’Algérie.
Le récit de Ségolène Royal est celui d’une dignité. Invitée à occuper le célèbre « fauteuil rouge » pour clore l’émission, elle a exigé un droit de regard préalable, flairant le piège d’une mise en scène à charge. Ce qu’elle a vu l’a sidérée : un film sans aucune nuance, une œuvre de démolition systématique où « il n’y a pas un sujet positif ». Sa réponse fut cinglante : pas question de servir de caution, ni de doper l’audience d’une entreprise qu’elle désapprouve totalement. Par ce refus, elle souligne une vérité souvent occultée par le suivisme médiatique : la responsabilité des personnalités politiques face à l’attaque de basse échelle d’une nation souveraine.
Mais au-delà de l’éthique journalistique, c’est une lecture politique acérée que propose Ségolène Royal. Elle pose une question de bon sens qui résonne comme un camouflet pour le Quai d’Orsay : qu’adviendrait-il si la télévision publique algérienne consacrait un tel réquisitoire, dénué de toute objectivité, au président Emmanuel Macron ? Le tollé diplomatique serait instantané. Cette asymétrie de traitement révèle, selon elle, un agenda caché. Le nom est lâché : Bruno Retailleau. L’ancienne ministre soupçonne l’ancien locataire de l’Intérieur d’avoir « orienté » ce projet funeste durant son passage au gouvernement. Pourquoi ? Pour injecter, à deux mois des élections municipales de mars, le « petit poison du soupçon » sur les élus binationaux d’origine algérienne. En utilisant des témoignages anonymes évoquant de soit disant « pressions consulaires », le reportage chercher à « disqualifier » ces élus, à en faire des « suspects d’ingérence » plutôt que des citoyens engagés dans la vie de leur cité. Cette analyse de Ségolène Royal rejoint l’indignation officielle d’Alger, qui a convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade de France pour dénoncer ce qu’elle considère comme une énième hostilité médiatique. Pour la présidente de l’association France-Algérie, ce mécanisme est « signé » : il s’agit d’une tentative de fragiliser le pont humain que constituent les binationaux entre les deux rives, au moment précis où les enjeux électoraux locaux attisent les crispations identitaires.
Dans un paysage politique français où une certaine droite fait des attaques contre l’Algérie son fonds de commerce, la voix de Ségolène Royal détonne. Elle rappelle que la coopération entre les deux pays ne peut s’épanouir sur le terreau du mépris ou de la manipulation. En refusant de s’asseoir dans le fauteuil rouge de France 2, elle a choisi de rester debout pour défendre une vision de la relation franco-algérienne fondée sur le respect mutuel. Une leçon de courage politique qui souligne que, si la critique est libre, l’injure, elle, n’est jamais une base de dialogue.









