La chronique de Ouassim Mehadi
Longtemps restée à l’ombre de ses ressources naturelles, l’Algérie dessine aujourd’hui, avec une détermination sans précédent, les contours d’une économie portée par l’intelligence, l’audace et la technologie. Ce qui n’était, il y a quelques années, qu’un frémissement est devenu une lame de fond : l’écosystème national des start-up connaît une accélération fulgurante. Aujourd’hui, cette mutation franchit un palier symbolique et opérationnel majeur sous l’impulsion directe du sommet de l’État. Le signal le plus fort de cette volonté politique vient d’être donné avec la création du « Prix du président de la République de la meilleure start-up ». Plus qu’une simple distinction, ce prix institutionnalise l’innovation comme une priorité nationale. En ciblant trois catégories distinctes (la meilleure scale-up, la meilleure start-up et le meilleur projet innovant), le Président Abdelmadjid Tebboune reconnaît la diversité du cycle de vie de l’entreprise technologique. C’est un message clair envoyé à la jeunesse : l’État n’est plus seulement un régulateur, il devient le premier supporter de ceux qui transforment une idée en solution souveraine.
Mais pour que les start-up fleurissent, il faut un terreau fertile. C’est tout l’enjeu de la seconde annonce majeure : le lancement d’un réseau national des incubateurs universitaires. Fruit d’une collaboration stratégique entre le ministère de l’Économie de la connaissance, du Microcrédit et des Start-up et celui de l’Enseignement supérieur, ce réseau marque la fin du travail en silos. L’objectif est limpide : créer des synergies pour mutualiser les moyens. En connectant les incubateurs des quatre coins du pays, l’Algérie transforme ses campus en véritables hubs technologiques. Avec plus de 10 000 start-up recensées aujourd’hui, l’encadrement devient le maillon fort pour consolider cet édifice. Ces structures bénéficient désormais d’un accompagnement technique et financier rigoureux, visant un alignement strict sur les normes internationales.
L’innovation ne peut se passer de compétition. Pour la première fois, l’écosystème se dote d’une boussole avec le lancement du classement national des incubateurs d’affaires. Les résultats de la première édition de 2025 révèlent une dynamique saine entre secteurs public et privé. Le sacre de l’incubateur privé Leancubator à la première place, suivi de l’acteur public ANPT (Alger) et du privé Innouest Company (Tébessa), démontre que l’excellence n’a pas de frontières géographiques ou statutaires.
L’Université, forge de la nouvelle économie Les incubateurs Ermel et celui de l’université de Tlemcen ferment ce « Top 5 » de l’excellence, prouvant que l’ouest et l’est du pays sont au diapason de cette marche vers le progrès. Selon Chams Eddine Bemoussat, directeur des start-up au ministère, ce classement, renouvelé tous les six mois, agira comme un électrochoc permanent. Sur les 194 incubateurs déjà labellisés (dont 124 issus du secteur universitaire), seuls cinq ont atteint pour l’instant le niveau « d’excellence ». Une vingtaine sont jugés « solides », tandis que le reste forme une pépinière émergente. Cette transparence est nécessaire : on ne peut conquérir le marché international sans avoir d’abord prouvé sa valeur au niveau national. Le défi est immense : aucun incubateur algérien n’est encore présent dans les classements mondiaux. Mais le retard est en passe d’être comblé. Le programme « Kick Start », lancé en 2025, vient structurer cette ambition en offrant un cadre de montée en compétences pour les gestionnaires d’incubateurs. L’objectif fixé par le président de la République est ambitieux mais pragmatique : atteindre 20 000 start-up d’ici 2029.
L’étape suivante, la création d’un marché dédié aux incubateurs d’affaires, permettra de monétiser l’accompagnement et de professionnaliser encore davantage le secteur. En misant sur la formation et la mise à niveau constante, l’Algérie prépare ses champions de demain. La chronique de l’innovation algérienne ne fait que commencer. Entre volonté politique, réforme de l’université et saine émulation entre incubateurs, le pays se dote enfin des outils de sa souveraineté numérique. Le temps où l’intelligence algérienne ne s’épanouissait qu’à l’étranger touche à sa fin : le futur se construit désormais ici, avec l’appui de toute une nation.










