C’est sur une note à la fois solennelle et combative que le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a clôturé les travaux de la 12e édition du Séminaire de haut niveau sur la paix et la sécurité en Afrique, connu sous le nom de « Processus d’Oran ».

Dans un discours aux allures de feuille de route continentale, le chef de la diplomatie algérienne a dressé un diagnostic sans concession de l’état sécuritaire de l’Afrique, tout en prescrivant l’unité comme seul antidote aux maux qui rongent le continent.

En tirant le rideau sur cette rencontre stratégique à Alger, Ahmed Attaf a d’abord tenu à saluer la vitalité diplomatique de l’événement. Exprimant sa « profonde gratitude » aux représentants de l’Union africaine (UA), de l’ONU et des pays partenaires, il a mis en exergue une nouveauté diplomatique majeure : la participation inédite de pays élus au Conseil de sécurité de l’ONU hors du continent africain que sont le Royaume de Bahreïn, la République de Colombie et la République de Lettonie. Pour Alger, cet élargissement n’est pas anodin ; il constitue une « preuve éloquente » de l’écho international grandissant du Processus d’Oran. Cette dynamique conforte l’Algérie dans sa démarche visant à « unifier la voix de l’Afrique » et à renforcer son influence dans le concert des nations.

Cependant, au-delà des satisfecit protocolaires, le cœur du discours ministériel a résidé dans une analyse lucide et alarmante des défis actuels. Ahmed Attaf a tiré la sonnette d’alarme face à ce qu’il qualifie de « triade » de risques majeurs qui domine le paysage sécuritaire africain. Le premier volet de cette triade concerne la recrudescence des putschs. Le ministre a déploré que les coups d’État soient devenus une « scène familière », rappelant avec gravité que l’organisation continentale a dû suspendre deux pays membres en l’espace de seulement quarante-deux jours. Une instabilité politique chronique qui fragilise les institutions.

L’unité, un impératif existentiel                                                                                 Le second péril pointé du doigt est l’expansion du terrorisme, particulièrement dans la région du Sahel. Ahmed Attaf a décrit une menace qui a changé d’échelle, ne se contentant plus de frapper ponctuellement, mais cherchant à contrôler de « vastes étendues de territoire » pour s’ériger en « autorité de facto ».

Enfin, le ministre a alerté sur les interférences extérieures. Selon lui, ces ingérences ont éclipsé les dynamiques locales, au point que les « clés de la résolution des conflits » échappent désormais aux Africains eux-mêmes pour atterrir entre les mains d’acteurs étrangers. Une dépossession de souveraineté inacceptable pour Alger.

Face à cette sombre « situation de crise », Ahmed Attaf a martelé qu’il n’existe pas d’alternative aux « solutions africaines aux problèmes africains ». Ce slogan, loin d’être un vœu pieux, est présenté comme un choix stratégique vital pour protéger le continent des polarités mondiales qui ne font que reproduire et aggraver les crises. Pour concrétiser cette ambition, le ministre a insisté sur la mécanique institutionnelle qui lie le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA aux membres africains du Conseil de sécurité de l’ONU (le groupe A3). L’équation posée par Attaf est simple mais implacable : l’unité du CPS crée l’unité du groupe A3 à New York, et cette unité confère à l’Afrique « poids, crédibilité et force ». Saluant le travail accompli par l’Algérie au Conseil de sécurité aux côtés du Mozambique, de la Sierra Leone, de la Somalie, et avec l’appui de la Guyane (représentant la diaspora caribéenne), Ahmed Attaf a rappelé que la division est l’ennemi mortel de l’influence africaine.

Pour sceller ce plaidoyer en faveur d’un bloc africain compact et solidaire, le ministre a convoqué la mémoire du leader panafricaniste Julius Nyerere, concluant son allocution par cette citation qui résonne comme un avertissement aux générations actuelles : « L’unité ne nous rendra peut-être pas riches, mais elle rendra difficile pour l’Afrique et les peuples africains d’être ignorés. »

Le 12e Processus d’Oran s’achève ainsi sur une vision lucide et résolument panafricaine: dans un monde en fragmentation, l’Afrique ne pourra préserver sa paix et sa sécurité qu’en parlant d’une seule et même voix.

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