L’ambassadeur de l’Union européenne, Giuseppe Perrone, a été convoqué par la présidence de la République de Tunisie pour se voir notifier une « vive protestation ».
Ce coup de froid entre Tunis et Bruxelles ne trouve pas son origine dans une déclaration hostile, mais dans une série d’entretiens que l’ambassadeur a menés successivement avec les deux poids lourds de la société civile tunisienne : l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) et, plus sensible encore, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT).
Le Président de la République, Kaïs Saïed, a convoqué au Palais de Carthage, Giuseppe Perrone, ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, pour lui faire part d’une vive protestation concernant le non respect des règles du travail diplomatique et le recours à des démarches effectuées en dehors des cadres officiels reconnus par les usages diplomatiques, alors qu’il est l’ambassadeur plénipotentiaire de l’Union européenne auprès de l’État tunisien et de ses institutions officielles.
Si le langage diplomatique est feutré, le message délivré par Carthage fut sans équivoque : le diplomate européen est accusé d’avoir agi « en dehors des cadres officiels » et d’avoir enfreint les règles de la bienséance internationale.
Par la convocation de l’ambassadeur de l’Union européenne au palais de Carthage, le président tunisien ne se contente pas d’une simple protestation protocolaire. En qualifiant de « violation des usages » les rencontres du diplomate avec les partenaires sociaux, Kaïs Saïed réaffirme avec vigueur sa doctrine politique : le monopole absolu de l’État sur les relations extérieures. C’est un épisode qui marquera sans doute un tournant dans la pratique diplomatique à Tunis.
Au-delà de l’incident de protocole, cette convocation agit comme un révélateur des tensions structurelles entre la vision politique de Kaïs Saïed et la méthode diplomatique européenne.
Pour comprendre la colère présidentielle, il faut la lire à travers le prisme de la philosophie de gouvernance instaurée depuis le 25 juillet 2021. Le chef de l’État tunisien théorise et applique une gestion du pouvoir où l’État, incarnant la volonté du peuple, est le seul interlocuteur légitime.
En rencontrant de son propre chef les dirigeants de l’UTICA et de l’UGTT, l’ambassadeur européen a, aux yeux de Carthage, commis un impair en contournant le canal exclusif du ministère des Affaires étrangères. Pour le président tunisien, la souveraineté implique que l’étranger ne s’adresse qu’à l’État, et tout dialogue parallèle est interprété comme une tentative d’ingérence dans les affaires intérieures.
La réaction légitime du palais de Carthage s’explique particulièrement par la rencontre avec Noureddine Taboubi, le secrétaire général de l’UGTT. La Tunisie est un partenaire clé avec qui l’UE discute de dossiers vitaux comme l’accord OpenSky, les exportations d’huile d’olive ou le secteur textile, des sujets évoqués lors de la rencontre avec le patronat.
En convoquant l’ambassadeur, Kaïs Saïed dénonce une forme d’ingérence diplomatique sous couvert d’une coopération « technique et économique » teintée d’une interférence politique présentée comme un « dialogue avec la société civile ».
Le message est désormais clair pour toutes les chancelleries présentes à Tunis : le chemin vers les partenaires sociaux est malvenu, et la diplomatie ne doit plus se jouer qu’à une seule bande, celle de l’État.










